Suzanne Lee : des vêtements taillées dans un organisme vivant!

Suzanne Lee : des vêtements taillées dans un organisme vivant!
Suzanne Lee : des vêtements taillées dans un organisme vivant!

 

Suzanne Lee : des vêtements taillés dans un organisme vivant!

Un art entre biologie et technologie

Voici une démarche bien singulière que celle de l’artiste britannique Suzanne Lee. Elle propose une vision futuriste des technologies émergeantes, un art entre la biologie du vivant, la technologie et la science. Elle imagine un avenir de fabrication biologique durable où nous cultiverions des produits de consommation à partir de microorganismes.

La Bio-Couture par exemple, est un projet de recherche exploitant la nature pour proposer une vision radicale de la mode future.Après une étude sur l’utilisation de la cellulose-microbienne cultivée en laboratoire, elle commence à produire des vêtements. Le but ultime étant de faire littéralement pousser une robe dans une cuve de liquide!…

 

Suzanne-Lee biocouture

Suzanne Lee – Vêtement confectionné à partir d’un organisme vivant

Une technique pourtant ancestrale!

Le mode de fabrication est simple : des bactéries, de la levure et une solution sucrée qu’on laisse reposer 2 à 3 semaines pour produire une sorte de membrane qu’il faudra laisser sécher. Cette membrane constitue le tissu biologiquedes vêtements que produit Suzanne Lee.

En fait il s’agit de la mère qui permet la fabrication d’une boisson appelée kombucha. Pour ceux qui ne connaitraient cette boisson, elle se fabrique en mélangeant du thé, du sucre et ce champignon ancestral, la mère (membrane) pourrait s’assimiler à la mère qui sert à faire du vinaigre. (En laissant macérer la mère et le vin on obtient le vinaigre, la mère grossit au fur et à mesure du processus.) De même, lorsque la mère du kombucha est mélangée à du thé et du sucre on obtient une boisson légèrement pétillante. La membrane quant à elle, pousse, s’étale, et prend la forme du contenant dans lequel on le dépose.

Il reste ensuite tout l’art de la couture et de l’innovation pour confectionner les vêtements. Lorsque la pellicule sèche, elle développe une surface solide appelée papyrus dont les coutures fusionnent pour former toutes sortes de vêtements. Cette surface peut être teinte par des colorants de fruits et légumes. Le tissu produit donne l’impression d’un cuir végétal, doux au toucher.

Suzanne-Lee_veste-Bio-Biker

Suzanne Lee – Bio-biker jacquet

Suzanne Lee et la bio-couture. Vidéo en anglais où l’on voit clairement la confection du vêtement à travers l’interview de l’artiste et des scientifiques qui l’accompagnent.

 

Le travail de Suzanne Lee et son évolution future

Avec le temps le procédé s’améliore avec la création de nouveaux échantillons de bactéries-cellulose composite visant toujours une réponse aux urgents problèmes écologiques et de durabilité autour de la mode et au-delà. Elle continue ses recherches accompagnées de scientifiques afin de déterminer si la biologie synthétique peut concevoir des organismes optimisés pour la culture des produits de consommation futurs.

Suzanne Lee est directeur du projet et chercheur à l’University of the Arts de Londres. Elle collabore avec des scientifiques autour d’un travail mêlant la biologie aux nanotechnologies. Elle est aussi l’auteur de « façonner l’avenir : garde-robe de demain » («Fashioning The Future: tomorrow’s wardrobe ») publié par Thames & Hudson.

Suzanne-Lee_Eco-Kimono

Suzanne Lee – Eco Kimono

Suzanne Lee peut s’inscrire parmi les artistes d’un mouvement émergeant depuis quelques années appelé le bio-art.

Je vous invite d’ailleurs à lire l’article sur ce qu’est le bio-art ici 

En plus d’innover en matière de création, rapportant dans les arts plastiques les techniques et les gestes des biologistes et des chercheurs en technologie du futur, Suzanne Lee engage un véritable débat sur les frontières de l’art contemporain. A force de mixer les genres en vue d’un “art total” ne pourrions-nous pas perdre une identité artistique et s’engager vers le domaine des inventions. Tout s’affirmera dans le parti pris des futures créations de cette artiste encore à peine connue de la scène artistique. Elle semble prendre la lignée d’un designer du futur.

Trop souvent dans le design, la conception est associée uniquement à l’esthétique, les tendances et de luxe, mais le design peut signifier bien plus encore. Il eut, lorsqu’il est porté à son apogée changer, améliorer, renouveler, inspirer, faire participer, choquer, déplacer les acquis bien confortables de nos représentations, mais aussi aider et résoudre des problèmes de fonctionnalité des objets de notre environnement de tous les jours. Ce design peut démontrer la valeur de la conception à penser comme une réponse aux défis du monde d’aujourd’hui et futur.

Le melting pot (mélange des genres) entre les disciplines de conception, de l’architecture à la conception des produits, du graphisme au design de mode, sont autant de réponses aux défis d’aujourd’hui exigent généralement une approche multi-disciplinaire.

En tous cas je m’imagine volontiers le designdans un monde où nous cultiverions les matériaux des objets de notre quotidien agrémentés de fonctions ultra sophistiquées empruntées aux nanotechnologies, on côtoie l’intelligence artificielle.

Et si l’on venait à projeter ces recherches dans un domaine typiquement plasticien, je dirais non sans humour, que l’implant de puces dans des matériaux vivants proposerait une alternative futuriste des sculptures animées faites d’objets de récupération de Jean Tinguely!  

Lire l’article sur le Bio-art : cliquez ici!

(Suzanne Lee est à ne pas confondre avec son homonyme pouvant se trouver sur le web elle-même photo-reporter.)

S. Ladic pour http://e-cours-arts-plastiques.com

Lien si vous cherchez son livre : http://www.amazon.com/Fashioning-Future-Suzanne-Lee/dp/0500512612

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5 Responses »

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  4. Bonjour et merci encore pour vos infos,
    grâce à vous j’ai pu retrouver le nom d’une artiste dont le travail m’avait vraiment impressionné,
    à la Biennale de Venise en 2003
    PATRICIA PICCININI,
    sur laquelle je n’avais pas de doc
    n’ayant pas eu les moyens d’acheter le catalogue!
    Bien cordialement,
    Jean-Jacques Camus

    P.S.
    je fais une « pub d’enfer » à votre travail que je trouve vraiment bien mené!
    Bonne continuation dans ce sens!

    • Bonjour Jean-Jacques, c’est juste, le travail de Patricia Piccinini qui touche à l’organique, comme à la science ou la biotechnologie rappelle celui de Suzanne Lee. Piccinini propose un aspect effrayant et attendrissant du vivant et bien moins séduisant que les vêtements de Lee. Dès que l’on touche au vivant cela devient vite grinçant.
      Dans la lignée on pourrait aussi penser à certaine oeuvres de Paul Thek ou aux tentes en intestin de Andrea Hasler. très dérangeant il faut l’avouer. Glurp ! (onomatopée pour résumer:) .
      Un grand merci pour la « pub d’enfer », ça encourage drôlement les retours.
      Au plaisir de vos visites sur le blog.
      Sylvia Ladic

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