L’évolution du socle dans l’art – Part.2

L’évolution du socle dans l’art – Part.2
L’évolution du socle dans l’art – Part.2

Pour faire suite à la première partie visible ici

Le socle moulé

Le socle translucide à Trafalgar Square,le quatrième socle de la place (voir plus loin: Le quatrième socle à Trafalgar Square) :

Pour réaliser cette oeuvre, Rachel Whiteread a moulé le socle elle en a réalisé une copie en résine translucide pour la poser inversée dessus. Le vide et le plein, l’endroit l’envers et le positif et le négatif du moulage, le lourd et le léger voilà autant d’idées qui sont impliquées.

Rachel Whiteread

Rachel Whiteread à Trafalgar Square, Londres

 

Le socle objet

Les sculpteurs contemporains ont majoritairement aboli le socle, néanmoins certains le conservent comme un ancrage à l’histoire de l’art. Les matériaux et leur forme a quelque peu évolué :

Bertrand Lavier

Bertrand Lavier : Brandt / Hoffner, 1984.

Ici le socle fait partie intégrante de la sculpture, évoquant la société de consommation et notre propension à thésauriser, à engranger, accumuler.

« Je me suis rendu compte, dit-il, que ce modèle de coffre-fort ancien était dessiné comme certains socles classiques : il y a une corniche supérieure et une corniche inférieure. Voilà le déclic visuel : j’avais un socle sous les yeux. » Bertrand Lavier

Nous retrouvons les préoccupations de Brancusi s’attardant aussi sur l’harmonie, l’équilibre procuré par le socle et surtout, qui le travaillait autant que ses sculptures.

Bertrand Lavier

Bertrand Lavier, Panton sur réfrigérateur, 1989

Bertrand Lavier, La Bocca/Bosch, 2005

Bertrand Lavier, La Bocca/Bosch, 2005, Canapé sur congélateur, 85 x 212 x 87 cm (canapé), 86 x 157 x 70 cm (congélateur), Kewenig Galerie, Cologne

Ses objets superposés sont d’une certaine façon la traduction d’une greffe horticole transposée à l’art (il a fait des études d’ingénieur horticole).

Le Pleurant de orange de Hans Van Den Ban

, exposée dans le cadre de l’exposition « Les narrations de l’absence, installations d’œuvres du Frac Aquitaine dans les collections permanentes du musée d’Aquitaine »,

Cet Autel à la vierge dialogue avec Le pleurant des oranges de Hans Van Den Ban, une œuvre contemporaine. Elle est une statue funéraire, symbole de l’homme et de ses souffrances. Elle repose sur un imposant cylindre en verre rempli d’oranges, synonymes de vitalité. Par sa conception et l’utilisation de matériaux et de couleurs contradictoires (tubes de plomb noirs ligaturés entre eux pour le pleurant et transparence du socle, réceptacle d’oranges en plastiques colorées de minium), l’artiste inverse le rôle habituel socle / statue : la figure dévote, traditionnellement mise en valeur, semble s’effacer au profit du piétement à la couleur exubérante. L’environnement et la proximité d’autres sculptures présentées de manière plus traditionnel accentue le contraste et la modernité de la proposition artistique.

Hans Van Den Ban

Hans Van Den Ban

Sylvie FLEURY Caddy, 2000

Sylvie FLEURY Caddy, 2000, Caddie plaqué or et miroir – 83 x 55 x 96 cm
le caddy est la célébration de l’industrie alimentaire et le socle miroir l’érige en star du système.

Nous constatons que le socle fait partie du propos comme un élément constitutif de l’œuvre et non comme simple pied d’estalle. Le socle revêt autant d’importance que la sculpture.

 

Le socle parodié

Pierro Manzoni

Piero Manzoni, Le socle du monde

Piero Manzoni, Le socle du monde (hommage à Galilée), 1961, acier au corten, 82 x 100 x 100 cm. Herning, Herning Kunstmuseum.

MANZONI Piero Basa magica, scultura vivente 1961,

MANZONI Piero (1933-1963), Basa magica, scultura vivente, 1961, l’oeuvre est un socle pour oeuvre d’art où peut prendre place le visiteur.

Le Socle du Monde, Socle magique n° 3 de Piero Manzoni

MANZONI Piero (1933-1963), Le Socle du Monde, Socle magique n° 3 de Piero Manzoni, Hommage à Galilée,1961,

cube de fer et bronze, au titre gravé, 82x100x100 cm, Herning (Danemark), jardin du Kunstmuseum sur le socle à l’envers, le monde entier repose, en tant qu’oeuvre d’art totale.

Gilbert et George, singing sculpture

Gilbert et George, singing sculpture 1971- 91

Dans cette performance, qui est la 1ere œuvre des deux artistes, tous deux jouent le rôle d’une « sculpture vivante ». Elle se compose de deux hommes indissociables, positionnés sur une table « comme une seule et même sculpture ». Le maquillage couleur bronze est présent pour créer une illusion de métal. Ils se décrivent eux-mêmes comme « une statue qui chantait Underneath the Arches, levait les yeux vers le ciel et avait l’air heureuse ». Cette posture avait le don d’hypnotiser le spectateur. Au début, cette performance durait 6 minutes mais suite à leur succès, ils la prolongèrent à 8 heures, le temps que tous les individus présents dans la salle partent. Nous remarquons que le socle est traduit par une simple table.


Dominique Angel, Pièce supplémentaire, 2009

Dominique Angel, Pièce supplémentaire, 2009. Bois, plâtre, peluche. 395 x 70 x 75 cm. Courtesy Vidéochroniques, Marseille, © Dominique Angel.

L’ombre portée n’est pas sans rappeler les statues à la gloire des héros de bataille et sacralisée par le socle.

Le socle et le spectateur

Nous avons vu précédemment que la hauteur du socle implique une participation du spectateur. Pour compléter :

Socle foulé par des skateurs anonymes que Raphael Zarka a immortalisés dans la série « Ridding in museum »

Raphael Zarka Raphael Zarka 2

Raphael Zarka

Raphael Zarka 3

Raphael Zarka

Raphael Zarka 4

Raphaël Zarka travaille sur la question de l’appropriation : il s’approprie ici avec une sculpture de Katarzyna Kobro, il la « refait » et la confronte avec des photographies de sculptures utilisées par les skateurs pour « rider ». Les skateurs, à l’instar de Zarka, se réapproprient l’espace urbain et en détournent le mobilier à leur usage, proposant ainsi une nouvelle vision et utilité de ce qui nous entoure.

« La rupture la plus importante dans l’histoire de la sculpture du XXème siècle a eu lieu avec la suppression du socle. Le concept historique de la sculpture sur socle instaure une séparation entre l’objet et l’espace comportemental du spectateur. La sculpture « soclée » transmet immanquablement l’effet du pouvoir en soumettant le spectateur au thème idéalisé, commémoratif ou élogieux». SERRA Richard, Ecrits et entretiens, Ed. Daniel LELONG, 1990, p.215.

 

Le socle et l’institution

Le geste artistique est délégué à l’institution qui abrite l’œuvre le temps de l’exposition. Le socle, ici présent sur la photographie, n’est pas obligatoire. Joachim Mogarra affirme ainsi une forme de délégation du geste artistique à un tiers selon un protocole défini dans un courrier qui a valeur de contrat.

Joackim Mogarra, Bouquet perpétuel

Joackim Mogarra, Bouquet perpétuel, 1988

 

Le socle pour lui-même

Le socle monumental de Raymond Hains ne porte rien et devient forme autonome.

Sans titre (statue équestre de Louis XIV de Lemot), 1991/1998 - Sans titre (socle de la statue équestre de Louis XIV, place Bellecour à Lyon), 1998 - Sans titre (statue équestre de Henri IV de Lemot), 1994/1998

Raymond Hains

 

Didier Vermeiren s’est intéressé au socle au point de le transformer en sculpture autonome. Par la même occasion, il parlait d’une absence, celle de la sculpture traditionnelle, y compris la statuaire.

Didier Vermeiren

Didier Vermeiren, « Sculpture » (1982). Plâtre; 223 X 26,5 X 26,5 cm

Didier Vermeiren 2

Didier Vermeiren, H 242 cm

On pense aussi au socle du monde de Manzoni vu plus haut.

Didier Vermeiren interroge le rapport que l’artiste construit avec son travail dans l’espace. Pour lui le socle est comme une citation de l’art antique. Il semble remonter le temps en partant d’une définition très conceptuelle de la sculpture due à son héritage contemporain, mais révèle l’héritage de Rodin, de l’histoire de la sculpture.

Dans les œuvres qui ont fait sa renommée au début des années 80, Vermeiren s’est penché sur le rôle du socle.

Jamais Didier Vermeiren n’a fait strictement du socle une sculpture. Certes son exposition à Gand (1980) s’illustrait de ces termes ambigus : Sculpture de socle, mais que signifie cette ambiguïté ? Est-ce une affaire de sosie ?

Didier Vermeiren 3

Didier Vermeiren, Un bloc de pierre de 80 x 80 x 20 cm, sur un bloc de polyuréthane de 80 x 80 x 20 cm, 1985

« LE SOCLE ABSORBE LA SCULPTURE » VERMEIREN

Michel François et Ann Veronica Janssens

Michel François et Ann Veronica Janssens, « Philaetchouri», crédit photo : Isabelle Arthuis. Courtesy La Verrière, Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles.

Le cube de Ann Veronica Janssens : posé au sol, il joue de nos réflexes de spectateur et appelle la référence au socle. Mais ici la sculpture n’est pas dessus mais dedans.

 

Le socle dans sa fonction mécanique est partie intégrante de la sculpture

On vise toujours la stabilité et la présentation qui délimite l’espace de la sculpture.

Claes Oldenbourg, tube

Claes Oldenbourg, tube

Giuseppe Penone – L'arbre dans sa 22ème année

Giuseppe Penone – L’arbre dans sa 22ème année (1970)

 

Le quatrième socle à Trafalgar Square

Le quatrième socle à Trafalgar Square de Londres destiné à l’art contemporain

Le quatrième socle de Trafalgar Square est l’un des quatre piédestaux situés en chacun des coins de Trafalgar Square, place publique de Londres. Socle de l’angle Nord-Ouest, il a la particularité de ne porter aucune statue.

Une statue équestre du roi Guillaume IV du Royaume-Uni devait à l’origine être érigée sur le socle. Depuis 1999, différentes sculptures et œuvres d’art sont temporairement installées sur celui-ci.

Parmi les sculptures qui y ont séjourné voici :

Bill Woodrow: Regardless of History

Bill Woodrow: Regardless of History

Madame Tussauds, David Beckham

Madame Tussauds, David Beckham

Rachel Whiteread: Monument Untitled

Rachel Whiteread: Monument Untitled (vu plus haut)

Thomas Schütte

Thomas Schütte: Modèle pour un Hôtel 2007 (anciennement Hôtel pour les Oiseaux)

Yinka Shonibare

Yinka Shonibare: le navire de Nelson dans une bouteille

Michael Elmgreen et Ingar Dragse
Michael Elmgreen et Ingar Dragset: Powerless Structures 2012

Intitulé «Powerless Structures, Fig. 101 « la statue dorée d’un enfant à califourchon sur un cheval à bascule par le populaire duo Elmgreen et Dragset est une parodie des statues équestres traditionnelles. Il regarde vers l’avenir plutôt que d’honorer les réalisations passées.

Katharina Fritsch

Katharina Fritsch: Hahn / Cock 2013

« Hahn / Cock, » de Fritsch : un coq monochrome bleu pour se moquer des politiciens et de leur ego.

 

Le socle mobile

Elgreem et Dragset, Home is the Place You Left

Elgreem et Dragset, Home is the Place You Left, 2012, Victoria Miro Gallery

 

Chez Didier Vermeiren comme chez Christelle Familiari , « la base est partie intégrante de la sculpture tandis que le socle est un élément étranger qui a pour effet de la rendre autonome. Une fois constitués en ensemble, socle et sculpture possèdent leur propre échelle, génèrent leur espace et peuvent donc se déplacer » (Valérie Aebi).

Didier VERMEIREN

Didier VERMEIREN 1988 Matériaux Plâtre, acier, roulettes 165 x 80 x 88 cm, Achat à la Galerie Micheline Szwajcer (Anvers – Belgique) en 1995

 

Le socle censuré

(Source et détails : http://www.bubastis.be/art/egyptomanie/obelisque_concorde.html)

Savez-vous que le socle de l’obélisque de la place de la concorde à Paris n’a pas conservé son socle d’origine car il a été jugé trop indécent par Louis-Philippe ? Le socle est laissé à Louxor contre l’avis de Champollion qui souhaitait que le monument soit présenté tel que le voyaient les anciens Égyptiens. Hors il ne respecte pas la direction initiale et il repose sur un socle conçu par l’architecte Hittorff.

L'obélisque de Ramsès II

L’obélisque de Ramsès II devant le temple de Louxor. Au premier plan, le socle vide de l’obélisque de la Concorde.

Pourquoi ce refus ? C’est à cause des quatre babouins adorateurs du soleil dont la représentation est jugée impudique.

Voici le socle censuré qui fait partie à présent de la collection Egyptienne du Louvre :

L'obélisque de Ramsès II 2
Les babouins adorateurs du soleil ornant le socle de l’obélisque de Ramsès II à Louxor J

Le socle actuel :

obélisque concorde obélisque concorde 2obélisque concorde 3obélisque concorde 4

Les quatre faces du socle ; les deux premières montrent l’acheminement de Louqsor à Paris et l’érection du socle.

obélisque concorde 5

L’obélisque de Ramsès II sur la place de la Concorde à Paris

 

Barry Flanagan, un artiste qui privilégie le socle

Barry Flanagan (1941 – 2009) est un artiste gallois qui conçoit le socle avec la sculpture.

Adepte de la Pataphysique, « science des solutions imaginaires » d’Alfred Jarry, depuis 1964, Barry Flanagan réagit contre l’héritage des sculpteurs britanniques de l’après-guerre en ayant recours à l’absurde.

Dans les années 1970, Barry Flanagan aborde la sculpture en pierre et le moulage en bronze. Ses divers animaux, notamment les lièvres, les éléphants et les chevaux, aux postures anthropomorphiques incongrues, montrent la volonté de Flanagan de remettre en question la perception traditionnelle de la sculpture. Il associe des techniques traditionnelles de la sculpture : la fonte du bronze, la pierre taillée, l’usage du socle, à des sujets figuratifs plein d’humour ironique et absurdes.

Les lièvres de Flanagan deviennent la signature de l’artiste et représentent une figure universelle tantôt burlesque, tantôt mélancolique, qui rend hommage à la fois à l’histoire de la sculpture, à la danse et à la littérature.

« Je sculpte des lièvres parce qu’ils ont des choses à dire qui m’intéressent. » Barry Flanagan

Barry Flanagan Barry Flanagan 2Barry Flanagan 3Barry Flanagan 4Barry Flanagan 5Barry Flanagan 6Barry Flanagan 7Barry Flanagan 8Barry Flanagan 9Barry Flanagan 10

Tout comme l’éclairage ou la couleur, le socle est un élément qui participe à la présentation et à la compréhension d’une œuvre exposée, dans un lieu public, au musée, ou dans une galerie.

Il peut aussi assurer une fonction mécanique, en soutenant le poids de l’objet qu’il supporte.

Sa forme et sa taille peuvent varier. Il peut aussi être décoré ou sculpté, comme par exemple en style dorique.

Le socle induit à la verticalité et vient en écho à la position du visiteur. Au musée, il n’a pas seulement la fonction de présentation, il est aussi un élément de conservation, de protection et de sécurité de l’objet.

Il peut s’agir d’un socle conçu avec l’objet ou bien rajouté à la même époque ou postérieurement. Il permet aussi parfois d’identifier la provenance de l’œuvre et de la dater.

Depuis le développement de l’installation, la présentation devient un élément essentiel de la conception de la sculpture. Actuellement le socle n’est pas absent des productions, il sert toujours d’une certaine façon à créer un espace délimité à la sculpture pour la limiter, la mettre en valeur, jouer de la hauteur… il prend souvent le rôle de citation à l’histoire des arts.

© Sylvia Ladic

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8 Responses »

  1. Super, je travaille actuellement sur le socle tout votre travail va m’être trés précieux pur la correction et les exemples d’histoire de l’art. Merci infiniment pour votre générosité.
    Giselle Bouscarel

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  4. Bonsoir Sylvia,
    Quel plaisir de parcourir tes dossiers ! bravo, je suis très admirative !! et je vais m’en servir avec grand intérêt si tu n’y vois pas d’inconvénients.
    J’espère que tout va pour le mieux pour toi ? je t’embrasse Marie-Françoise

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