L’évolution du socle dans l’art – Part.1

L’évolution du socle dans l’art – Part.1
L’évolution du socle dans l’art – Part.1

Dans l’histoire de la sculpture il y a aussi celle du socle, de l’espace et du format. La sculpture va faire évoluer le socle. D’abord conçu comme une mise à distance, le socle a été remis en cause depuis Rodin. Le socle, intermédiaire entre l’objet et le sol met en valeur. Il peut aussi contribuer à en développer le sens jusqu’à devenir lui-même une partie de l’œuvres.

Ce billet vous propose une définition du socle et un panorama de son évolution dans l’histoire des arts.

 

Table des matières

  • · Définition. 1
  • · Les origines du socle. 3
  • · Le socle de la statue de la liberté. 6
  • · Le début de la remise en cause du socle. 8
  • · La question de la hauteur du socle. 10
  • · Le socle sculpté. 17
  • · L’héritage historique et modernité. 24
  • · Abolition du socle. 30
  • · Le socle moulé. 33
  • · Le socle objet. 34
  • · Le socle parodié. 39
  • · Le socle et le spectateur. 43
  • · Le socle et l’institution. 46
  • · Le socle pour lui-même. 46
  • · Le socle dans sa fonction mécanique est partie intégrante de la sculpture. 49
  • · Le quatrième socle à Trafalgar Square. 50
  • · Le socle animé. 54
  • · Le socle censuré. 54
  • · Barry Flanagan, un artiste qui privilégie le socle. 56

 

Définition

Socle : Support d’une statue ou d’une sculpture qui sert à la stabilité et à la présentation de l’ensemble.
Synonyme : Piédestal, base

Un piédestal (pluriel : piédestaux) est un support isolé qui sert à recevoir une colonne, une statue, un buste ou un grand objet d’art et d’ornement (vase, candélabre, stèle, fontaine).

On parle de piédouche (de l’italien pieduccio) ou de scabellon pour désigner un petit piédestal, généralement destiné à poser un buste ou une statuette.

Composants d’un piédestal en plein air: il est le plus souvent composé, de bas en haut :

· d’une base (ou socle) moulurée, souvent constituée de dalle de pierre et ornée de moulures

· d’un (ou tronc), corps massif éventuellement précédé d’un congé

· d’une corniche dont le talon fait partie et les moulures sont saillantes

Statue d'Henri IV

Statue d’Henri IV, sur le Pont Neuf à Paris, et son piédestal.

Il existe différents types architecturaux de piédestaux :

· Le piédestal toscan a sa base composée d’une plinthe, d’un filet, d’un dé dont la partie inférieure se termine en adoucissement, et d’une corniche constituée d’un talon et un réglet.

· Le piédestal dorique a sa base composée d’une plinthe, d’un tore, et d’un filet surmonté d’un cavet ; sa corniche est composée d’un cavet à sa base, d’un filet, d’un larmier surmonté d’un autre filet, et d’un quart de rond.

· Le piédestal ionique a sa base composée de bas en haut d’une plinthe, d’un filet, d’une doucine, d’un filet avec son congé ; son dé se joint à la corniche par un congé ; sa corniche est composée d’un petit filet, d’un astragale, d’une frise, qui, par un congé, se réunit au filet, d’un quart de rond, d’un larmier couronné d’un talon avec son filet.

· Le piédestal corinthien a une base composée d’une plinthe, d’un tore, d’un filet, d’une gorge et d’un astragale ; le dé finit par un adoucissement et un filet ; sa corniche est composée d’un astragale, d’une frise, un filet, un autre astragale, un ove, un larmier taillé en demi-creux et un talon couronné d’un filet.

· Le piédestal composite ressemble au corinthien mais sa corniche est formée d’un filet avec son congé, d’un gros astragale, d’une doucine avec son filet, d’un larmier, et d’un talon avec son filet.

· Le piédestal des colonnes de l’architecture chrétienne est souvent formé d’un simple socle à plusieurs pans, et quelquefois de plusieurs dés superposés, réunis les uns aux autres par des glacis.

Piédestal toscan piédestal dorique piédestal ionique

Piédestal toscan piédestal dorique piédestal ionique

Piédestal corinthien piédestal composite

Piédestal corinthien piédestal composite

 

Les origines du socle

Comparable au cadre pour la peinture, la présence du socle souligne, met en valeur, il met à distance, isole la sculpture de son environnement, surélève et sacralise (donne un caractère sacré à l’objet sculptural). Sa fonction première est de servir d’intermédiaire entre l’objet et le sol et par là même de la mettre en valeur.

La victoire de Samothrace

La victoire de Samothrace, Antiquité grecque, 190 av J-C.

Cette sculpture représente la déesse de la victoire. C’est un monument qui a été érigé sur l’île de Samothrace, en Grèce, en commémoration d’une victoire navale. Le socle, en marbre, sert à maintenir la statue debout et à la présenter. Il l’isole de son environnement en la surélevant. La forme de ce socle évoque la proue de bateau, en référence à l’événement pour lequel elle a été érigée.

Pendant la Renaissance, Donatello (1386 – 1466) a créé des monuments et des sculptures sur des socles démesurés pour célébrer les grands hommes ou des saints.

Donatello

Donatello

Michel-Ange, David, 1501-1504

Michel-Ange, David, 1501-1504, h : 4,34m

Cette sculpture représente un épisode de la Bible : David, qui s’apprête à combattre contre Goliath. Le socle représente la terre, le sol sur lequel se trouve le jeune homme. Il n’a ici aucune valeur connotative : il sert simplement à la stabilité de la statue : sans lui, la statue de marbre tomberait à cause du déséquilibre du à son poids. D’autre part, les branches d’arbre que l’on observe le long de sa jambe droite viennent renforcer la base de la sculpture et participe à la soutenir.

Le socle de la statue de la liberté

Comme nous l’avons vu, le but du socle était, au XIXe siècle, de mettre en valeur la sculpture. Le travail du socle de la statue de la Liberté quant à lui va tendre à devenir une œuvre d’art à part entière, c’est la raison pour laquelle il est relativement impressionnant de nos jours. Son style néoclassique s’accorde sur celui de la statue elle-même.

Auguste Bartholdi auteur de la statue a sollicité la participation de plusieurs collaborateurs pour la réalisation du socle. Les 1ers projets qui n’ont pas vu le jour proposaient un socle dans l’esprit de la Grèce antique. Pour finir, c’est l’architecte Morris Hunt qui en recevra la responsabilité.

Maquette du piédestal de la statue de la liberté1 Maquette du piédestal de la statue de la liberté-2

Maquette du piédestal de la statue de la liberté, le 2e, inspiré du phare d’Alexandrie ne fut pas retenu, faute de ne pouvoir assurer une bonne assise à la statue. A s’inspirer du phare d’Alexandrie, il ne concevait que des œuvres autonomes, or on lui demandait une œuvre qui devait magnifier la statue, pas se magnifier lui-même. Hunt reprit donc un des plans afin d’en réduire les proportions. La socle retenu est plus modeste, et met en valeur la statue. La construction se déroulera entre le 9 octobre 1983 et le 22 août 1886.

Plan du socle de la statue de la liberté

Plan du socle de la statue de la liberté

Pour la petite histoire, le socle renferme une sorte de coffre dans lequel sont conservés des objets divers appartenant aux officiels présents lors de la cérémonie d’inauguration officielle de la pose de la première pierre, on y trouve aussi un portrait de Bartholdi, des timbres, une copie de la déclaration d’indépendance des Etats Unis.

socle statue de la liberté

Pierre inaugurale du socle

Utiliser le style néo-classique à la fin du XIXe siècle était un choix curieux car à cette époque ce style avait déjà été abandonné ; il n’a guère passé le milieu du XIXe siècle. Par contre, ce choix se justifie au regard de l’objectif : magnifier la statue elle-même de style néo-classique. Un élément architectural plus récent aurait été choquant.

Quant au parti pris néo-classique, alors que le style n’était plus d’actualité, il est lié à la volonté d’Auguste Bartholdi qui voulait une œuvre d’art intemporelle et une statue féminine en posture sereine. Le style néo-classique était alors plus approprié.

Le squelette de la statue de la Liberté est directement scellé dans les murs du socle, eux-mêmes joints aux lourdes fondations de l’île elle-même. L’ensemble est donc parfaitement solidaire. On comprend la fonction mécanique du socle qui participe à la stabilité de la statue.

Le piédestal se visite et partie de la visite habituelle du monument. C’est une sorte d’énorme cube de béton creux dans lequel un escalier large (au départ) amène le visiteur sur 7 niveaux. Certains niveaux possèdent une ouverture permettant de sortir sur un belvédère, une sorte de balcon extérieur qui offre une vue sur la baie de New-York.

Jusqu’à l’époque moderne, le socle était donc purement fonctionnel même s’il adopte un style en adéquation avec la sculpture. Il sert pour la mise en valeur et la stabilité, tout en définissant un espace propre à la sculpture.

Le début de la remise en cause du socle

Les fondements de cette tradition sont ébranlés une première fois par Rodin avec Les Bourgeois de Calais avant d’être mis en question par Constantin Brancusi. Tous deux ont largement transformé la tradition du socle.

Rodin Le Baiser

Le Baiser (Ny Carlsberg Glyptotek)

Rodin La Pensée

La Pensée (Musée d’Orsay, avec Camille Claudel en modèle)

Contrairement aux traditions néo-classiques, les sculptures de Rodin sont sans socle ou sur un socle surélevé. Une des caractéristiques reconnaissable des œuvres de Rodin révèle une forme achevée qui reste partiellement prise dans un bloc plus brut et partiellement dégrossi. Le résultat toujours frappant montre des sculptures comme extraites de la gangue du matériau. « La Pensée » rencontre les détracteurs de l’époque qui la jugeaient « inachevée » ; Rodin la voyait, complète. Cet épisode a ouvert la voie au non finito qui est aujourd’hui la marque de fabrique de Rodin. Ce dernier revendiquait, comme Rembrandt, le droit de l’artiste à considérer son oeuvre comme achevée lorsque son objectif artistique était atteint. On s’aperçoit qu’il réside une certaine ambiguïté car le socle semble avoir fusionné avec le bloc qui la constitue.

Rodin, La Danaïde, dit aussi La Source, 1890

Rodin, La Danaïde, dit aussi La Source, 1890, musée Rodin. Entre la forme et la matière la tension et l’équilibre sont à leur comble.

Antoine Bourdelle

Antoine Bourdelle a été influencé par Rodin, ayant fréquenté son atelier. Ici le fragment non finito est finalisé comme sculpture à part entière grâce au socle.

La question de la hauteur du socle

A quelle hauteur doit être placée une sculpture ? Voilà l’une des questions soulevées par la présentation triomphale à 4 mètres en l’air des Bourgeois de Calais dans l’espace rénovée de la Chapelle du musée Rodin en 2006.

Rodin exploita toutes les possibilités du socle, allant même jusqu’à le remettre en cause : en 1893, alors que la ville de Calais se préoccupait enfin d’installer Les Bourgeois de Calais, il proposa de les présenter presque au niveau du sol. La ville de Calais refusa parce que, précise Rilke, « c’était contraire à l’habitude ». Elle refusa également l’autre proposition de Rodin : un socle élevé, permettant au groupe de se silhouetter sur le ciel, à l’exemple des calvaires bretons ou flamands. Cependant Rodin ne renonça pas à son idée et, en 1912, lorsqu’il fut consulté sur la façon de présenter le quatrième exemplaire qui venait d’être acquis pour Londres, il suggéra un socle haut (environ 5 mètres). C’est ainsi que la chapelle du musée Rodin présente l’œuvre. Dotée d’un éclairage zénithal, les Bourgeois se dressent dans la lumière sur un échafaudage semblable à celui qui, en 1913, lui avait servi à déterminer les proportions du socle de Londres.

Deux solutions avaient été envisagées par Rodin pour son installation : à même le sol, afin que le groupe « [devint] plus familier et [fit] entrer le public mieux dans l’aspect de la misère et du sacrifice » (Rodin, 1893), ou sur un socle très élevé, de manière à ce qu’il se découpât sur le ciel.

Le monument, dans sa dernière version, fut achevé en 1889 et inauguré à Calais en 1895.

Le socle triomphal de la première maquette a disparu et les six personnages sont désormais individualisés, réunis sur une même base, mais indépendants. Seuls face à leur destin et à la mort, ils ne se regardent pas, ne se touchent pas. Simplement vêtus d’une tunique, la corde au cou et les pieds nus, les condamnés entament leur lente marche funèbre.

Les bourgeois de Calais

Les bourgeois de Calais, première maquette, 1884, Plâtre, H. 61 cm ; L. 38 cm ; P. 32.5 cm, photo de http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/sculptures/les-bourgeois-de-calais-premiere-maquette#sthash.OBUqShXe.dpuf

Dès la première maquette, la notion de sacrifice collectif s’impose. Les six personnages, qui ne sont pas encore individualisés, sont présentés sur le même plan, les uns à côté des autres, sans hiérarchie et vêtus de la chemise des condamnés. Ils sont placés sur un socle rectangulaire très haut, orné de bas-reliefs, qui forme un piédestal triomphal. Cette première maquette enthousiasma le comité et valut à Rodin la commande officielle du monument.

Essai de socle pour Les Bourgeois de Calais

Essai de socle pour Les Bourgeois de Calais à Meudon, 1913

Les Bourgeois de Calais

Les Bourgeois de Calais 2

Les Bourgeois de Calais 3

Calais 14 18 La statue des six bourgeois de Calais est déplacée pour être mise à l’abri des bombes

Les Bourgeois de Calais 4Les Bourgeois de Calais 5

Les Bourgeois de Calais devant l’Hôtel de ville de Calais et devant Westminster

Les Bourgeois de Calais 6Les Bourgeois de Calais 7

Une des versions, parc de Mariemont, un des plus beaux parcs de Wallonie

Les bourgeois de Calais représentent le sacrifice de 6 hommes, victimes d’un marché imaginé par le roi d’Angleterre Édouard III en août 1347, pour laisser la vie sauve à l’ensemble des habitants de la ville sur le point d’être conquise par les Anglais. Heureusement, son épouse, la reine Philippa de Hainaut parvient à le persuader d’épargner la vie de ces 6 hommes venus lui remettre les clefs de la ville et du château. Calais devient anglaise le 3 août 1347 et le demeure jusqu’au 6 janvier 1558 lorsque Henri II de France reprend la ville.

La base est partie intégrante de la sculpture tandis que le socle est un élément étranger qui a pour effet de la rendre autonome. Traités comme les fragments antiques qu’il avait pu acquérir, les petits torses de Rodin, la main ou autres fragments de corps reposent sur des socle annonçant leur finition à ce stade.

Dès les années 1880, avec Fugit Amor, Rodin s’interroge sur les types de support propres à chaque oeuvre. Cette réflexion trouve son aboutissement avec le portrait de Gustav Malher sur grande base en 1909, exactement contemporain de la Tête d’Apollon également sur grande base par Bourdelle : mais tandis que pour Rodin la base prolonge l’œuvre en précisant son sens, Bourdelle intellectualise son travail et, avant Giacometti, joue sur des formes géométriques simplement destinées à mettre le visage en valeur en le situant dans l’espace.

Riri sur socle haut d'Emile Antoine Bourdelle, 1901

Riri sur socle haut d’Emile Antoine Bourdelle, 1901

Jardin du Luxembourg -Antoine Bourdelle Jardin du Luxembourg Antoine Bourdelle 2

Jardin du Luxembourg – Sculpture de Antoine Bourdelle

Plus en avant dans le temps, Jacques Julien propose des œuvres à une hauteur assez basse pour un adulte. Il amène les spectateurs à s’y pencher. Aussi, il n’impose pas de statut définitif aux œuvres, l’une peut devenir le socle de l’autre, ou connaître une toute autre existence. Les paillassons font office de socles sur lesquels les sculptures forment chacune un monde en soi, un paysage en soi. À nous de nous y plonger. Certaines sculptures font échos à l’histoire de l’art, notamment de la peinture et de la sculpture avec des références au Pop Art, à Malevitch ou à Arp. Son travail basé sur l’expérimentation formelle et matérielle s’appuie sur des gestes élémentaires : découper, poser, planter, juxtaposer, modeler. Avec un souci constant d’économie, Jacques Julien puise dans l’histoire de l’art pour questionner et renouveler la sculpture.

Jacques Julien

Jacques Julien

Jacques Julien 2

Jacques Julien, Tailles Douces

 

Le socle sculpté

Brancusi modifie le rapport entre l’œuvre et son support. Il apporte autant d’attention à ses socles qu’à ses sculptures.

D’abord intégré pleinement à la sculpture : « Le socle fait partie de la sculpture, sinon je m’en passe », il va devenir autonome : en 1926, il expose cinq socles sans leur superposer de sculptures.

Constantin Brancusi

Reconstitution de l’atelier de Constantin Brancusi, Paris.

Constantin Brancusi 2

Constantin Brancusi, « Adam et Ève », 1921 (© Solomon R. Guggenheim Foundation, New York / David Heald / © 2011, ProLitteris, Zürich)

Constantin Brancusi 3

Constantin Brancusi, « Muse en marbre blanc », 1912. Socle en bois vers 1920 (© Solomon R. Guggenheim Foundation, New York / David Heald / © 2011, ProLitteris, Zürich)

Constantin Brancusi 4 Constantin Brancusi 5

Constantin Brancusi, Le Coq, 1935, Bronze poli, 103,4 x 12,1 x 29,9 cm, Dimensions du socle composé de 4 éléments chêne et pierre calcaire : 151 x 47 x 39 cm, © Adagp, Paris 2008, 2e photo auteur inconnu

Constantin Brancusi 7

Constantin Brancusi 8Constantin Brancusi 9Constantin Brancusi 10Constantin Brancusi 11Constantin Brancusi 12Constantin Brancusi 13Constantin Brancusi 14 Constantin Brancusi 15Constantin Brancusi 16Constantin Brancusi 17Constantin Brancusi 18Constantin Brancusi 19Constantin Brancusi 20Constantin Brancusi 21Constantin Brancusi 22

Constantin Brancusi

Il est intéressant de comparer la diversité des socles chez Brancusi.

Giacometti est avec Brancusi un des sculpteurs phares du XXIème siècle et il est à noter que le socle fut pour l’un comme pour l’autre un sujet de réflexion, une vraie question de représentation de la figure dans l’espace. Avec l’exemple des « Quatre femmes sur socle » et des « Quatre figurines sur piédestal« , ce sont deux propositions de quatre femmes debout vues à des distances et dans des circonstances différentes.

Giacometti Quatre femmes sur socle Giacometti Quatre femmes sur socle 2 Giacometti Quatre femmes sur socle 3 Giacometti Quatre femmes sur socle 5

Giacometti, Quatre femmes sur socle,  1950

Giacometti Quatre femmes sur socle 6

Giacometti commença en 1948 les recherches sur ces œuvres, faisant varier la hauteur et la forme du piédestal et des figures. Un des piédestaux en plâtre abandonnés, aujourd’hui dans les collections de la Fondation Alberto et Annette Giacometti, présente un cintrage qui évoque le socle pentu des Quatre figurines sur piédestal. Même si l’intention de l’artiste diffère dans les deux œuvres achevées qui visent à rendre deux impressions distinctes, leur élaboration a été parallèle, voire croisée.

Giacometti L'homme qui chavire

Giacometti, L’homme qui chavire

 

L’héritage historique et modernité

Shahryar Nashat

Shahryar Nashat (1975, Genève, Suisse) Vit et travaille à Berlin, Allemagne, Stone Block Overlooking Two Truncated Poles, 2009, marbre, bronze, 76.4 x 29.8 x 54.2 cm, crédit photo : Serge Frühauf

Shahryar Nashat joue des codes traditionnels de la sculpture et des musées. Il utilise des matériaux nobles comme le marbre, le bronze et continue d’interroger le socle. On reconnait aussi l’héritage de Brancusi avec le bronze poli et la recherche de simplification de la forme, le marbre lui renvoie à la statuaire grecque.

Marcel Duchamp Roue de bicyclette

Marcel Duchamp. Roue de bicyclette, 1913/1964. Readymade assisté. Roue de bicyclette sur un tabouret, métal, bois peint. Centre Pompidou, Paris

Un geste radical de Marcel Duchamp qui consiste à prendre un tabouret pour socle.

Stephan Balkenhol travaille le bois en taille directe, à l’aide des outils traditionnels comme des plus modernes de la sculpture. Son approche demeure classique. Néanmoins, il apporte une attention toute particulière à son matériau de prédilection : le bois. Son souci de préserver son apparence voire son entité de poutre de bois, de même que de ne pas masquer l’impact de l’intervention manuelle indiquent clairement une optique moderniste. En effet, loin de nier la nature du matériau qu’il travaille, il laisse apparaître ses caractéristiques intrinsèques. De plus, ses sculptures, qui lient toujours en un même bloc solidaire figure et socle, mettent en évidence l’origine même de ce matériau : le tronc d’arbre. Ainsi les œuvres de Stephan Balkenhol proposent d’emblée une réflexion sur les liens particuliers qui unissent matériau et forme, forme et socle. Des questions qui ont traversé toute l’histoire de la sculpture du XXe siècle.

Stephan Balkenhol

Stephan Balkenhol le socle et la sculpture appartiennent au même bloc de bois.

Stephan Balkenhol 2

Balkenhol, Babyking

Stephan Balkenhol 3Stephan Balkenhol 4Stephan Balkenhol 5Stephan Balkenhol 6Stephan Balkenhol 7

Dewar et Gicquel le socle

Dewar et Gicquel le socle héritage ancien et d’ordinaire blanc est remis en question par sa couleur noire

Daniel Dewar & Grégory Gicquel.

Daniel Dewar & Grégory Gicquel.

Héritage de Rodin, la sculpture sort de sa gangue. Le socle peut être à la fois métaphore de la surface de l’eau, mais fait aussi appel à l’inconscient collectif qui y trouve un rapport aux statuaires des pierres tombales, cela est dû notamment à l’horizontalité. L’ensemble garde un côté humoristique contrairement à la pièce suivante qui annonce directement le sujet dans son titre :

Mathieu Mercier, Last Day Bed

Mathieu Mercier, Last Day Bed, 2014, Corian — 122,8 × 271,7 × 194,6 cm, © Cera — Courtesy of Galerie Torri, Paris

Abolition du socle

Les artistes du 20ème siècle ont exploré toutes les limites des espaces en 2 et 3 dimensions, notamment en trois dimensions lorsque la sculpture est  » descendue  » de son socle pour mieux envahir le mur, le sol, l’espace tout entier. On touche parfois alors à l’architecture et l’œuvre devient totale, tant on peut la parcourir, y pénétrer, y habiter.

La valeur du socle comme piédestal a graduellement disparu au cours du vingtième siècle. Si certains artistes, comme Brancusi, en ont fait une partie intégrante de leur travail, d’autres souhaitaient que l’œuvre ne soit plus séparée du sol par un socle.

Le Minimalisme est caractérisé, entre autres, par un souci d’économie de moyens. On comprend pourquoi les artistes de ce courant bannissent le socle. Leur travail et leur réflexion portent avant tout sur la perception des objets et leur rapport à l’espace. Leurs œuvres sont des révélateurs de l’espace environnant qu’elles incluent comme un élément déterminant.

Carl Andre, 144 Tin Square, 1975

Carl Andre, 144 Tin Square, 1975, (144 carrés d’étain), Installation, assemblage au sol de 144 carrés d’étain par rangées de 12,Etain, 367 x 367 cm, Chaque carré : 30,5 x 30,5 cm

144 Tin Square (144 carrés d’étain) sont des pièces au sol réalisées, avec des variantes de taille et de matériau, à partir de 1967. Ces œuvre révolutionnent l’histoire de l’art car elles éliminent l’une des caractéristiques essentielles de la sculpture, la verticalité. Carl Andre met ici en question le respect traditionnel qu’imposent les œuvres, notamment ces statues – monuments érigées pour célébrer les grands hommes et qui constituent des points de repères aussi bien dans l’espace que dans le temps.
Au contraire, avec 144 Tin Square, le visiteur piétine une œuvre qui n’impose aucun point de vue privilégié, aucun axe, aucune hiérarchie.

S’inspirant de Constantin Brancusi qui intègre le socle à l’œuvre à travers la répétition de modules, Carl André poursuit cette désacralisation de la sculpture, déclarant lui-même : « Je ne fais que poser la Colonne sans fin de Brancusi à même le sol au lieu de la dresser vers le ciel ». Ici, l’infini se développe à l’horizontale.

Colonne sans fin de Constantin Brancusi

Colonne sans fin de Constantin Brancusi, 30 m. de haut, Roumanie

Ainsi Carl André abandonne le socle et met fin à la verticalité de la sculpture.

Scoli Acosta

Scoli Acosta

Chez Scoli Acosta, il n’existe plus de socle, la forme se répand sur le sol comme une onde.

Fred Sandback

Fred Sandback Sans Titre – 1968-1983, collection FRAC Pays de la Loire

Les lignes rouges de Fred Sandback sont comme une dématérialisation du socle.

Fred Sandback (1943-2003) « Depuis 1972, Fred Sandback n’utilisait plus que des fils de laine pour sa sculpture, les tendant des murs au plafond ou au plancher de façon à relier entre eux les différents éléments de l’architecture. De cette manière, il créait des plans et des volumes paradoxalement nantis, en dépit de la fragilité et de la ténuité des moyens utilisés, d’une redoutable présence physique. L’artiste refusait d’enclore d’enfermer, rejetant ainsi l’un des aspects traditionnels de la sculpture. Il s’agissait, pour lui, non pas de modifier l’espace d’expostion mais plutôt de s’y insérer et de le transformer dans la mémoire du spectateur. Fred Sandback affirmait avoir une approche assez intuitive de la sculpture et ne pouvait travailler avec succès dans un lieu qu’en s’y confrontant, ce qu’il fait au Musée d’art moderne de Villeneuve d’Ascq et plus encore chez artconnexion où il a spécialement créé une oeuvre in situ« .

 

© S. Ladic

 

Suite de l’article Part 2

 

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11 Responses »

  1. Merci pour ce dossier sur le socle en art. Complet et très intéressant, je vais pouvoir l’utiliser pour mes séances. Felicitation encore pour le travail que tu fais et surtout de le partager. Respect.

  2. salut,tes choix des sujets sont vraiment très intéressant…je te souhaite une bonne continuation……

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  5. Bravo et merci pour ce dossier riche et intéressant !
    En regardant les nombreuses références, j’ai pensé aux « statues-cube » de l’Egypte ancienne et qui, me semble-t-il, n’apparaissent pas ici : ce sont des sculptures d’une grande originalité et modernité

  6. salut Sylvia c’est une réalisation avec mes élèves du CE2,ce sont des portes clé avec de la patte à sel. la prochaine!

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