Le vent, l’air, le souffle dans l’histoire des arts Part.2

Le vent, l’air, le souffle dans l’histoire des arts Part.2
Le vent, l’air, le souffle dans l’histoire des arts Part.2

Cet article fait suite et fin de la 1ere partie visible ici. Il continue de proposer des pistes d’interprétation de l’élément air. Du plus délicat souffle de vie au déchainement de l’élément vent devenant tempête. Véritable allié des créations, des formes, de l’architecture, il prend matière, s’anime, devient une personnalité qui a sa propre voix et occupe tout l’espace. Bonne lecture !

La bande dessinée prend le vent

Un petit passage par la bande dessinée nous avance peu dans le débat, en dehors d’un débat technique. Il nous laisse sur le simple aspect de la représentation de l’élément, comme nous l’avons vu pour les peintures de  Millet ou Turner.

François Bourgeon Les Passagers du Vent

François Bourgeon Les Passagers du Vent

François Bourgeon Les Passagers du Vent

Les Passagers du vent est une série de bande dessinée historique, dont le scénario, le dessin et les couleurs sont de François Bourgeon. Cette fresque historique, qui a pour cadre la mer au XVIIIe siècle, raconte les aventures rocambolesques et tragiques d’Isa. Certaines planches montrent l’élément déchainé comme l’illustration ci-dessus.

La photographie dans un vent d’action !

Tadao Cern

Tadao Cern

Tadao Cern 2

Tadao Cern 2

  

Tadao Cern

Le photographe Lituanien Tadao Cern a réalisé ces portraits en photographiant des gens pendant qu’il leur envoyait de l’air à haute vitesse dans la figure.

Autres photographies dans le vent de l’action, celles des patineurs des Jeux Olympiques d’hiver à Sotchi en Russie. Le patinage artistique est reconnu comme une discipline très esthétique mais certains photographes, nous offrent des photos un peu différentes…Et plutôt drôles.

Jeux Olympiques Russie

Jeux Olympiques d’hiver à Sotchi en Russie

Jeux Olympiques Russie

Jeux Olympiques d’hiver à Sotchi en Russie

Jeux OlympiqueS Russie3

Jeux Olympiques d’hiver à Sotchi en Russie

La photographie a pour avantage de saisir l’instant, un instant que notre œil ne voit pas forcément.

La photographie, l’environnement et la mémoire du vent

La photographie immortalise aussi l’élément vent, mémorisé dans l’histoire et les formes de la nature :

© Nicolas Genette

© Nicolas Genette

© Nicolas Genette

Claire Droppert est une photographe de 37 ans qui travaille à Rotterdam. Sa série de photos nommée « Gravity – Sand Creatures » met en scène des particules de sables soulevées par le vent et figées dans les airs grâce à la photographie.

Claire Droppert

Claire Droppert

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Claire Droppert2

Claire Droppert

L’environnement urbain, repère des artistes du Street Art, permet des situations plutôt rocambolesques parfois mais tellement réalistes. Qui n’a pas retourné un parapluie sous la force du vent ? L’instant artistique et éphémère Ici, est pour le moins une belle évocation du vent ; un clin d’œil humoristique de Sandrine Estrade Boulet.

Sandrine Estrade Boulet, Coup de vent

Sandrine Estrade Boulet, Coup de vent

Sandrine Estrade Boulet, Coup de vent

L’architecture de souffleries

Les architectures de soufflerie peuvent être surprenantes. La fonction donne la forme caractéristique.

soufflerie

soufflerie

Une soufflerie (en anglais Wind Tunnel) est un outil utilisé dans la recherche aérodynamique. Elle est utilisée pour étudier les effets d’un écoulement d’air sur un corps, généralement un modèle de dimension réduite par rapport au réel. Très utile étudier la résistance à l’air des avions ou des voitures.

Construite en 1937 à Bois-Colombes, la soufflerie de la marque Hispano-Suiza a cessé ses activités dans les années 1960.

soufflerie Hispano-Suiza

soufflerie Hispano-Suiza

La soufflerie Hispano-Suiza vu du parc des Bruyères.

soufflerie Hispano-Suiza2

soufflerie Hispano-Suiza2

Monument historique depuis les années 2000, elle est devenue une école.

Construite en béton armé en 1937 par Haour Frères pour l’entreprise Hispano-Suiza1, la soufflerie « permettait de reproduire les conditions du vol en montée au voisinage du sol ».

Le bâtiment mesure 55 mètres de long sur 16 mètres de large. Elle reprend les principes d’une soufflerie pour modèles réduits de Gustave Eiffel construit en 1909 à Auteuil. En 1938, elle pouvait atteindre 325 kilomètres à l’heure.

Stoppée dans les années 1960, elle est désaffectée jusqu’à la fermeture du site Hispano-Suiza en 19962. Elle est par la suite reconvertie en école nommée « La Cigogne » ouverte en 2006, sous la direction des architectes Patrice Novarina et Alain Béraud. http://fr.wikipedia.org/wiki/Soufflerie_Hispano-Suiza

Comme dans cet exemple, nous constatons que les souffleries de moins en moins nombreuses sont souvent des bâtiments détournés de leur fonction première ; ici une école.

soufflerie de l'ONERA

soufflerie de l’ONERA

La soufflerie de l’ONERA à Meudon, une spectaculaire réalisation en béton armé – © ONERA.

 

Le vent allié du travail de l’homme

moulin

moulin

Moudre le blé pour en faire de la farine, c’est le rôle bien connu des moulins à vent ; une machine à vent habillée d’une construction protectrice.
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Jan Brueghel de Velours (1568-1625) Paysage aux moulins à vent, 1611- Huile sur panneau – 26,5 x 37,5 cm
Dresde, Gemäldegalerie Alte Meister – Photo : Schwarz-weiß-Photographie der Staatlichen Kunstsammlungen Dresden

Le vent comme espace éphémère, sonore et vibratoire

Windshape est une structure éphémère commandée en 2006 par le Savannah College of Art & Design (SCAD) comme espace de rencontre pour les étudiants, ainsi que pour accueillir les évènements du campus de Provence à Lacoste, en France. Elle prend forme et son avec le vent.

Windshape

Windshape

Windshape2

Windshape2

Windshape

Cette structure est tissée d’un réseau de tuyaux en plastique blanc, réunis et tendus par des colliers en aluminium, et 50 kilomètres de chaîne de polypropylène blanc, filetés à travers la structure en treillis, créant des enceintes qui se balancent au grès du vent. En faisant varier le degré de tension dans la chaîne, Windshape répond au vent de plusieurs façons : oscillations rythmiques ou plus rapides des surfaces. Par jour de vent fort, Windshape se déplace de façon spectaculaire, et fait un sifflement sonore semblable à des dizaines de cordes à sauter. Le mistral donne ainsi une forme à la structure qui est en constante transformation. La structure tissée permet de tester l’idée d’une architecture qui peut répondre aux stimuli naturels. Plutôt que de nous abriter des éléments, les bâtiments de l’avenir pourraient connecter les habitants au vent, en leur rappelant sa force et sa beauté. http://www.popavenue.com/post/2008/09/18/Windshape-Tissage-architectural

Le vent contrainte architecturale ou partenaire énergétique

La tour du vent

La tour du vent

La tour du vent

La tour du vent (Wind Tower)

La structure en hélice de la tour du vent est incrustée de petites éoliennes fixées verticalement.

La tour du vent2

La tour du vent2

Elle, s’élève vers le ciel comme une vis sans fin, avec une façade qui alterne végétation, et éoliennes embarquées à axe vertical, pour pouvoir capter les vents dominants. La tour s’additionne d’une autre partie : la goutte. L’ensemble a pour ambition l’auto-suffisance au niveau énergétique. Bref, cet Anti-smog n’est pour le moment qu’un projet architectural dont nous souhaitons l’aboutissement. http://prevostsebastiendesigner.over-blog.com/article-anti-smog-architecture-futuriste-et-ecologique-102369832.html

Le Centre Culturel Djibaou de Nouméa en Nouvelle Calédonie, de l’architecte Renzo Piano

Centre Culturel Djibaou ’architecte Renzo Piano

Centre Culturel Djibaou de Nouméa en Nouvelle Calédonie, de l’architecte Renzo Piano

Centre Culturel Djibaou de Nouméa en Nouvelle Calédonie, Architecte : Renzo Piano

Bâptisé Centre Culturel Tjibaou en hommage au leader indépendantiste, Jean-Marie Tjibaou, assassiné le 04 mai 1989 ? ces dix « cases » sont inspirées de l’architecture traditionnelle. Les hauteurs et les surfaces différentes, rappellent par leur aspect inachevé, que la culture Kanak est toujours en devenir. Trois types de cases, réalisées en bois d’iroko imputrescible habillé d’acier inoxydable, composent le site de 8 hectares.

Centre Culturel Djibaou Renzo Piano

Centre Culturel Djibaou de Nouméa en Nouvelle Calédonie, de l’architecte Renzo Piano

Centre Culturel Djibaou Nouméa Renzo Piano

Centre Culturel Djibaou de Nouméa en Nouvelle Calédonie, de l’architecte Renzo Piano

Ce centre est conçu comme un village. Les coques respectent l’échelle de la végétation. Le processus de conception a été étudié afin d’exploiter les courants d’air. Ce complexe de l’architecte : Renzo Piano est un symbole de l’architecture verte par le choix des matériaux et son intégration au milieu, son système de climatisation naturelle obtenu grâce à la forme des coques.

Une étude en soufflerie, avec mesure des pressions locales, a été réalisée au Centre scientifique et technique du bâtiment STB de Nantes sur une maquette de plexiglas au 1/100e

Case traditionnelle kanak

Case traditionnelle kanak, élément d’inspiration de l’architecture du Centre Djibaou

Cette case est constituée d’une ossature en bois et d’une enveloppe en peau de niaouli, pour les murs et le toit, ils sont en paille. La flèche faîtière qui orne le toit est une sculpture de bois qui représente le chef du clan. De forme ronde aérodynamique, cette case offre une grande résistance aux vents forts. Elle favorise la discussion. Les nombreux éléments de la construction sont liés entre eux comme les individus sont liés entre eux. Les éléments du décor représentent les composantes de la société : poteau central et flèche faîtière : le frère aîné, les poteaux de tour de case : les clans, les chambranles : les esprits protecteurs.

Opéra de Sidney

L’Opéra de Sydney est une architecture originale. Voilier pour les uns, coquillages imbriqués pour les autres, elle a été imaginée par le Danois Jørn Utzon. Inspirée des voiliers gonflés par le vent et de la géographie des formes de la péninsule, ces coquilles semblent flotter lorsqu’elles sont vues de loin.

opéra de Sydney

opéra de Sydney

L’opéra de Sydney, architecte : Jørn Utzon. Via: http://www.arqhys.com/la-opera-de-sidney-en-australia.html

L’opéra de Sydney est classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2007. Il mesure 183 mètres de longueur et 120 mètres de largeur pour une superficie de 1,8 hectare. Les tuiles de céramique blanches, inspirées de bols japonais, ont été produites par une société suédoise spécialisée. De nature autonettoyante, elles sont cependant régulièrement entretenues et remplacées.

Architecture, vent et climatisation

Tour à vent, Dubaï

Tour à vent, Dubaï

Tour à vent, Dubaï

Le Sheikh Saeed Al Maktoum (Heritage Village) construit en 1896 est un exemple typique de l’architecture traditionnelle de Dubaï. Construit à partir de gypse et de corail, la maison dispose d’une cour centrale et de quatre tours à vent. Ces tours ingénieuses, ouvertes sur les quatre côtés, reçoivent le vent et le canalisent dans un arbre central et sert de climatiseur. De plus si l’on jette de l’eau sur le sol, sous la tour, l’évaporation refroidit les pièces d’encore quelques degrés. http://www.lonelyplanet.com/united-arab-emirates/travel-tips-and-articles/70010#ixzz2yegCIA4y

Vent architectural

Vent architectural

Particularité : des turbines modulaires pour tous les types de bâtiments appelés Vent architectural, et fabriqué par AeroVironment. Le bâtiment peut produire sa propre électricité.

Ces unités, sont placées dans des groupes, utilisant des turbines à basse vitesse pour attraper une brise qui longe les parois extérieures des immeubles de grande hauteur.

Autre projet architectural : Un studio basé à Paris OFF architecture présente leur concept de tour « Taichung Echo Vent Tour – Une Tour Verte expressive « . la description du projet montre que l’enveloppe de la tour se compose de 2 millions de feuilles métalliques minces en suspension qui s’inclinent contre le vent qui exploite 64 éoliennes hélicoïdales internes générant suffisamment d’énergie pour rendre le bâtiment entièrement durable.

Taichung Echo Vent tour par OFF Architecture

Taichung Echo Vent tour par OFF Architecture

Taichung Echo Vent tour par OFF Architecture: Vue de l’entrée http://www.bustler.net/index.php/article/taichung_echo_wind_tower_by_off_architecture/

Une tour, cheveux dans le vent !

STRAWSCRAPER

STRAWSCRAPER

STRAWSCRAPER 2

STRAWSCRAPER 2

Premier projet issu des nouveaux studios expérimental Belatchew Labs, « STRAWSCRAPER – une centrale électrique urbaine à Stockholm

Belatchew-Labs-Architecture-Strawscraper-en-Stockholm-Suède-cheveux-shell-récoltes vent

Le système utilise la technologie piézo-électrique, qui se transforme en mouvement de l’électricité qui peut être stockée pour une utilisation ultérieure. Les petits mouvements de la chevelure sont sans danger pour les oiseaux et les humains et ne sont pas bruyant comme les turbines traditionnelles peuvent l’être. http://inhabitat.com/swedish-strawscaper-has-a-hair-covered-shell-to-harvest-energy-from-the-wind/

Vent et eau

Shayna Leib Shayna Leib 2

Shayna Leib une série de sculpture en verre intitulée «vent et eau».

Chaque pièce prend environ un mois à fabriquer. Le processus consiste à générer de minces morceaux de verre que l’artiste coupe. Des milliers de segments alors complètent le tableau.

Shayna Leib 3

Shayna Leib vent et eau

Le vent du vol d’oiseau

Claire Morgan - Gone With The Wind
© Claire Morgan – Gone With The Wind, 2008

Claire Morgan -
© Claire Morgan – Gone With The Wind, 2008

Claire Morgan - Gone With The Wind 2
© Claire Morgan – Gone With The Wind, 2008

Ces installations toutes en délicatesse ne sont pas sans rappeler l’envol du goéland de Marey. Les fils et les plumes semblent former les mouvements du vent.

clip_image048Etienne-Jules Marey © Photo RMN-Grand Palais

Moulage de plâtre envol du goéland Etienne-Jules Marey © Photo RMN-Grand Palais – Droits réservés

Un vent pollué

Kristof Kintera, Black Flag

Kristof Kintera, Black Flag (drapeau noir)

Black Flag engage l’artiste dont l’œuvre brandit son drapeau pollué, tout en haut d’une branche plantée dans une mare (marée) noire et son bidon évocateur du pétrole. Le drapeau sac plastique est animé d’un ventilateur. Un cri d’alerte pour la nature.

Le son du vent

Harpe-éolienne géante Luke-Jerram

Harpe-éolienne géante Luke-Jerram

Cette installation-sculpture exposée au Canary Wharf à Londres a été réalisée par l’artiste Luke. Il s’agit d’une harpe éolienne géante, un instrument composé de 310 tubes en acier poli dont le principe est de canaliser à la fois la lumière et le vent pour créer une expérience sonore en constante évolution, pour le plus grand étonnement des passants qui traversent l’installation. La sculpture se nomme tout simplement Eole, en honneur à la déesse du vent de la mythologie grecque. http://www.orgone-design.com/blog/une-harpe-eolienne-geante-par-luke-jerram/

Luke Jerram–Londres

Un jardin sonore, pensé pour le public :

Hollis douglas - jardin sonore

Hollis douglasjardin sonore, seattle, 1983

La porte du vent

 Le portail Vent

 Le portail Vent2

Créé par Najla El Zein studio en collaboration avec le designer d’éclairage Maurice Asso de Clous , Le portail Vent est une nouvelle œuvre interactive de 5000 moulins à vent de papier installé dans une imposante porte à l’intérieur du Victoria and Albert Museum à Londres. Les visiteurs peuvent passer à travers les moulins à vent pliés à la main. Le portail éolienne a fait partie du London Design Festival en 2013. http://www.thisiscolossal.com/2013/09/the-wind-portal-by-najla-el-zein-studio/

Viktor et Rolf 32

Viktor et Rolf, de la haute couture dans le vent. Nous avions vu leur travail en détail ici

L’air

L’air entre absence et présence

Jacob Sutton

Jacob Sutton

Yuan Gong _empty incense

Yuan Gong _empty incense

https://www.youtube.com/watch?v=Tw1FmpeWjA4

La  » Sculpture aérostatique  » de Yves Klein, 1957

Sculpture aérostatique  Yves Klein

En mai 1957, Yves Klein présente une double exposition à Paris : d’une part à la Galerie Iris Clert  » Yves, Propositions monochrome », d’autre part à la Galerie Colette Allendy « Pigment pur « . L’avènement de l' »Epoque Bleue » est célébré par un lâcher de 1001 ballons bleus, gonflés à l’hélium le soir du vernissage. Klein qualifiera plus tard ce geste de « Sculpture aérostatique « .

Un hommage sera rendu plus tard, par un lâcher de 1001 ballons sur la Piazza du Centre Pompidou, le 3 décembre 2006 à 15h, pour célébrer l’air et l’espace, à Paris. Les enfants et leurs familles ont été conviés à vivre ensemble cet évènement festif imaginé par Yves Klein. L’idée est renouvelée en 2007.

Le souffle

Giuseppe Penone, Souffle de feuilles

Giuseppe Penone, Souffle de feuilles. Feuilles de buis.1976

La thématique est abordée en premier lieu par Penone dans une série de photographies de nuages de poussière qui évoque un souffle animé, puis dans un ensemble de vases de terre à échelle humaine (Soffii, 1978), restituant métaphoriquement l’amplitude du souffle de l’artiste.

Giuseppe Penone, Souffle 6 2  Giuseppe Penone, Souffle 6

Giuseppe Penone, Souffle 6 [Soffio 6], 1978, Terre cuite, 158 x 75 x 79 cm

Le souffle est à la fois geste et objet.

Souffle 6 se présente comme une grande jarre dont la forme arrondie se termine par un cou, et dont un côté est ouvert: il s’agit de la trace du corps de l’artiste qui, embrassant l’argile, y a laissé à jamais l’empreinte de l’instant de sa prise. Penone reproduit le volume de la respiration. À l’embouchure du vase se trouve le moulage de ses lèvres entrouvertes dans l’action de souffler.

“Avec les Souffles sculptés, je voulais à nouveau réaliser quelque chose de mythique. Rendre solide ce qui est immatériel, comme le souffle, c’est une contradiction, et la contradiction est toujours un élément excitant qui stimule l’imagination.”

Penone, Respirer l'ombre

Penone, Respirer l’ombre, Installation, Feuilles de laurier, bronze, 180 cages métalliques, 2000

« La salle tapissée de feuilles de laurier, Respirer l’ombre (Respirare l’ombra, 2000), forme une sorte de crypte naturelle, chambre sensible dans laquelle l’odorat intervient pour la première fois.
Il s’agit d’une installation d’à peu près 100 mètres carrés, constituée d’une architecture (4 murs et une voûte) faite de parpaings végétaux constitués de cages métalliques renfermant des centaines de milliers de feuilles de laurier. Au milieu de l’espace ainsi constitué, trône une étrange sculpture de bronze doré. L’œuvre s’intitule « RESPIRER L’OMBRE » et a été offerte par l’artiste au Musée National d’Art Moderne en 2004.

Penone s’inspire de l’œuvre du grand poète italien Pétrarque (1304-1374) qui, dans son« Canzoniere » chante son amour pour la belle Laure de Noves, rencontrée à Avignon. Le choix du laurier répond à une symbolique imbriquée et subtile. Il fait écho, par homophonie au prénom de la belle, Laure. Dans un des versets de ce poème, Pétrarque évoque l’image de Laure en ces termes  « Ses cheveux étaient d’or et dénoués dans le vent » (« Erano i capei d’or a l’aura sparsi ») On remarquera que le mot laurier renvoie également, par jeu de mots, au mot « vent » (« l’aura »). Il est également le symbole de l’inspiration poétique, la belle Laure ayant inspiré au poète une des plus belles œuvres de la littérature médiévale italienne. Or le dieu protecteur des poètes, l’inspirateur suprême de leur génie est le dieu Apollon, dont l’arbre emblématique est justement le laurier, lui-même symbole de lumière (il s’agit d’un arbre méditerranéen aux feuilles vernies qui « réfléchissent » la lumière du soleil) et d’immortalité (le laurier étant une espèce végétale à feuilles non caduques). On sait par ailleurs que le mot laurier partage une étymologie commune avec deux autres mots latins :

  1. AUREUS : l’or
  2. AUREA : l’aube

Cette étymologie commune renvoie à la racine indo-européenne AURE qui signifie le « souffle originel ». Ainsi se trouvent raccrochés les wagons du puzzle sémantique autour du personnage féminin de Pétrarque : LAURIER = APOLLON = SOLEIL = L’OR = LUMIÈRE = LE SOUFFLE DE L’AUBE (le « vent » du verset de Pétrarque) = LA MUSE DU POETE (Laure de Noves) Mais, au fait, où se trouve figuré ce « vent », ce « souffle » dont Laure de Noves était la muse dans l’installation de Penone ? » http://foucart.net/2010/07/26/giuseppe-penone-a-l-origine-etait-le-souffle/

Respirer l'ombrePenone, dessin pour « Respirer l’ombre »
Penone_Respirer l'ombre 3
Penone_Respirer l'ombre 4

Pour en savoir plus sur Penone :

Les formes soufflées du verre, un lien entre les forme et le corps

James Lee Byars, Le petit ange rouge de Marseille

James Lee Byars, Le petit ange rouge de Marseille – 1991/1993 Verre soufflé

Cette installation de James Lee Byars évoque la circulation de fluides vitaux — sang et eau.

Levitas

Levitas, 1998, Boules en verre soufflé avec empreintes de pied – Installation de dimensions variables : 50-60 cm Ø chacune. Œuvre réalisée au CIRVA, Marseille – Collection CIRVA, Marseille. © Antonio Zafra (vue de l’installation à la galerie Salvador Díaz)

Ces images inversées tendent à montrer notre intériorité

Dans son exploration du corporel et de la frontière entre le moi et le monde extérieur, Pérez réfléchit à la vulnérabilité et à la fragilité de l’identité, et à la nature précaire de notre existence.

Dans l’installation Levitas, une figure absente a laissé une empreinte : une piste de boules en verre informes portant des empreintes de pas. Levitas est la première œuvre de l’artiste créée en verre, un moyen qui, selon indiquait Pérez, est en relation avec le corps puisque la respiration est utilisée dans le soufflage du verre traditionnel. L’artiste décrit la « magie du verre » comme « un processus pendant lequel l’intérieur se déplace vers l’extérieur, avec toutes ses limites ». Dans l’œuvre Levitas, la substance fragile de notre moi intérieur est incarnée par les sphères cristallines. L’utilisation du verre dans cette œuvre déchaîne un jeu métaphorique : la forme du pied est figée à l’intérieur des boules en verre, qui sont comme des chambres pneumatiques transparentes, de sorte que, bien que le caractère physique du corps soit éphémère, la recherche de contact avec le monde extérieur se trouve limitée par une autre peau externe. Les pieds peuvent suggérer des pas ailés, par référence au besoin de l’homme d’échapper à lui-même pour être perméable au monde, une idée importante chez Pérez. Cependant, les boules dans lesquelles ils se trouvent les attachent au sol pour qu’ils ne puissent jamais se détacher. De cette façon, Pérez fait référence au vol infructueux de notre intérieur vers l’extérieur. http://www.guggenheim-bilbao.es/fr/oeuvres/levitas-3/

François Ribes, Cœur en verre soufflé

François Ribes, Cœur en verre soufflé, 2005, Réalisation au CIRVA, Marseille

Illustration parfaite du corps lié au souffle de vie. Salutation au passage à mon collègue de promo !

La poésie du vent

L’artiste Nadya Bertaux affirme le vent comme thème de prédilection dans son travail.

Nadya Bertaux

Nadya Bertaux, Etre en vent libre, sculpture, 2010. © Nadya Bertaux. Crédit photo : Henri-Alain Segalen. Vue de l’exposition : La Verrière, Leroy Merlin Quai d’Ivry, 2/12 quai François Mitterrand – 94200 Ivry-sur-Seine

Site de l’artiste : http://nadyabertaux.com/

Zimoun crée une tempête de polystyrène dans un musée suisse

Zimoun

36 ventilateurs, 4.7m ³ copeaux d’emballage Zimoun 2014 – Photo © Zimoun

Moteurs, métal, polystyrène, nylon, bois, système de contrôle. Dimensions: Variables
Vue de l’installation: Musée d’Art de Lugano, Suisse Organisée par Guido Comis et Cristina Sonderegger. Studio et / ou la production sur place assistée par Matteo Taramelli, Ulf Kallscheidt, Janis Weidner, Elisa Tangheroni, Benoît Villemont, Riccardo Stephani, Alessandro Lucchini, Nicola Del Signore et Valentina Brkovic. Système de contrôle développé en collaboration avec Jason Cook, Alexandre Saunier et Grégoire Lauvin, au Laboratoire Digitalarti à Paris.

Zimoun : 36 ventilators, 4.7m3 packing chips, 2014 from STUDIO ZIMOUN on Vimeo.

Voici 2 vidéos du même artiste où l’air devient matériau constitutif de l’œuvre.

Zimoun : 5 ventilators, 35 styrofoam balls, 5 helping hands, air, 2009 from STUDIO ZIMOUN on Vimeo.

Zimoun : 1 polysiloxane hose 3.5mm, compressed air, 2009 from STUDIO ZIMOUN on Vimeo.

Photos et vidéo par Zimoun ©.

Site de l’artiste : http://www.zimoun.net/2014-36.html

Conclusion

Après ce long panorama de démarches artistiques en lien avec l’air, le vent, le souffle, vous serez à même de relater la diversité des démarches.

Nous avons vu que le vent peut être personnifié, divinisé, affublé d’un nom, d’une image, d’une personnalité. Il est aussi porteur de symboles dûs à sa mouvance, son instabilité. Il revêt alors des airs dramatiques et passionnels.

Le vent devient aussi laboratoire d’expériences et permet la réalisation d’inventions. En bon allié, il impacte les réalisations architecturales où il est employé pour sa force motrice, dynamique. Il permet des projets d’autonomie énergétique. La dynamique de l’air entraînera aussi la marche de sculptures qui soudain s’animent de vie et la création de machines incroyables.

Nombre d’artistes ont représenté le vent, tel un élément déchainé pour tenter d’en apprivoiser son caractère indomptable. Arrêté, figé sur une toile ou une photographie, il témoigne d’un instant que parfois l’œil ou le corps ne perçoivent pas l’intensité. Un vent qui déforme, tord, plie et engage la réponse d’une résistance est aussi porteur de mémoire.

Les objets du symbole du vent : éventails, ventilateur plus tard, parapluie retourné, drapés mouvants, cheveux emportés… sont autant d’évocations poétiques ou réalistes lorsqu’il s’agit de la pollution de l’air.

Le vent va vite et son mouvement est décomposé, analysé.

Il peut littéralement prendre les commandes de l’œuvre, devenant ainsi la main et en faire dépendre le résultat. L’artiste remet alors son pouvoir à l’élément.

Le son du vent matérialise davantage encore sa présence. Des artistes lui confectionnent des systèmes pour qu’il s’exprime et révèle sa voix. Plus doucement, l’air prend alors sa véritable place : l’espace tout entier ; plus de limite

L’air en lui-même considéré aussi comme souffle de vie anime et donne forme et peut aussi être le matériau constitutif de l’œuvre.

Il est sûr que cet article mériterait une meilleure structure, (je suis peut-être moi-même à bout de souffle) mais s’il est considéré comme des pistes non exhaustives de recherche, il fait un sacré défrichage d’un domaine dans lequel on pourrait facilement se perdre. Je pense qu’il aura son utilité.

Pour ma part certains exemples me permettent un ancrage référentiel auprès de mes élèves pour lesquels je donne des sujets pouvant mettre en avant une ou plusieurs caractéristiques de l’air.

Si cet article vous a inspiré une proposition pédagogique

N’hésitez pas à la partager avec la communauté grandissante, en laissant un commentaire en dessous… Il y a de quoi faire !

© S. Ladic 2014

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11 Responses »

  1. Pingback: Le vent, l’air, le souffle dans l’h...

  2. Bonjour,

    Je tiens à vous remercier d’évoquer mon travail pour parler du vent. En effet, celui-ci est un guide dans ma trajectoire artistique. Il nourrit mon imaginaire et me pousse depuis longtemps vers des horizons nouveaux, et encore aujourd’hui pour créer de nouvelles formes sculpturales. Il symbolise le mouvement et me maintient en vie !

    Bien à vous.

    Nadya Bertaux

    PS: merci d’avoir mentionné avec exactitude les informations et le crédit photo.

    • Ravie de trouver votre commentaire Nadia ! Le vent vous aura poussé jusqu’à là. Votre démarche a su retenir mon attention, sensible à souhait. Maintenant nous savons comment suivre l’évolution de votre travail.
      Au plaisir de vos visites et commentaires, et peut-être plus…
      Mes amitiés !
      Sylvia

  3. Bonjour Sylvia,
    je ne sais plus si je t’en avais parlé. Lors de la formation avec mon IPR, J’étais dans un groupe où nous avons travaillé un projet sur la qualité des matériaux pour les 6ème. « Alerte vents forts » Construisez un abri d’urgence! temps 20/25 mn. Présenter pour chaque groupe une pochette avec divers matériaux tant pour construire que pour décorer(ex: carton, papier, feuille transparentes, papiers bonbons en couleur, ficelle, fil de fer,….) Chaque groupe construit en urgence. Trace photo, puis chaque projet passe devant un sèche cheveux en puissance ou un ventilateur. On voit ceux qui résistent, ceux qui se cassent de suite et ceux qui sont trop léger pour rester en place ( ne pas mettre trop près car tous les abris dans ce cas vont « voler »). C’est un bref résumé, si l’idée te plaît?……………. merci à toi pour tout le travail effectué!!!!!!

    • Oui Sasha, l’idée me plait beaucoup, nous en avions parlé lors du sujet Dr House, il me semble J’avais laissé les maisons fabriquées par les 6° aux intempéries. Si tu avais envie nous pourrions proposer ton expérience sur le blog. Aurais-tu des photos et des documents exploitables pour en faire un article ? Qu’en dis-tu ?

  4. Pingback: Le vent, l'air, le souffle dans l'histoire des arts Part.1

  5. Bonjour,

    Je voudrais vous remercier pour votre dossier très complet qui m’a beaucoup inspiré pour mon dossier d’option arts visuels que je présente au crpe (niveau cm1/cm2).

    Encore bravo pour votre travail!

  6. Pingback: MATERIAUX | Pearltrees

  7. Pingback: Les notions, les mots clés des arts plastiques

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