Interview de Domé un enseignant d’arts plastiques pas comme les autres

Interview de Domé un enseignant d’arts plastiques pas comme les autres
Interview de Domé un enseignant d’arts plastiques pas comme les autres

Il y a quelques temps j’ai fait connaissance de Domé (Dominique Routier), un enseignant d’arts plastiques pas comme les autres. Je pense que son expérience peut être intéressante afin d’élargir notre vision des arts plastiques tel qu’on l’enseigne à travers le monde. En effet Dominique a parcouru pas moins de soixante huit pays. Voici son interview :

S.L. Bonjour Domé, nous avons fait connaissance il y a quelques temps grâce à ce blog et notre intérêt commun que sont les arts plastiques. Nous avons échangé quelques mails qui m’ont permis de me rendre compte de votre parcours d’enseignant aux parcours sans frontière.

Pourriez-vous, pour les lecteurs vous présenter ?

4. Village Isolé de Galibi. Stage modelage et de peinture.  (1)

Village Isolé de Galibi. Stage modelage et de peinture.  Photographie Domé

Domé

Domé est mon pseudonyme d’artiste de Dominique ROUTIER, je suis né en 1951. Dés l’âge de 14 ans je suivais les cours du soir aux Beaux Arts de Caen en dessin, peinture, sculpture et Histoire de l’Art. En 1970 j’ai passé un CAP de tailleur de pierre pour la restauration des monuments historiques, c’est l’armée qui m’a amené à sortir de France la première fois à travers la coopération du Service Civil du CNRS au titre de formateur pour la restauration des Temples de Karnak en Égypte. Milieu scientifique et de recherches où l’histoire, les arts graphiques et plastiques, l’architecture sont à l’étude chaque jour, c’est là que j’ai compris qu’il était possible de transmettre tout en apprenant toute sa vie. Depuis 1972 je voyage à travers le monde pour apprendre, transmettre, toujours apprendre des autres individus et cultures par l’échange car le besoin humain et la demande d’apprendre et de partager sont en vases communicants. C’est un mode de vie avec des hauts et des bas où l’ennui n’a pas le temps d’être, qui est renouvellement et enrichissement permanent des connaissances, du savoir et de l’expérience, le terme émerveillement comme l’enfant qui découvre quelque chose pour la première fois convient parfaitement et ce quelque soit l’âge. A bientôt 62 ans je suis toujours prêt à l’aventure des découvertes de la réalité du monde pour apprendre, transmettre, enrichir avec la diversité l’imaginaire et la créativité, et « Contaminer » comme « un virus nécessaire » face à tout ce qui tend à l’uniformisation intellectuelle et mercantile.

 

S.L. Vous avez partagé avec moi des photographies prises de votre expérience en Guyane en tant qu’enseignant. A les voir, vous avez un terrain d’exposition privilégié ; un tel écrin naturel est un cadre loin des pratiques dans nos salles de cours bien plus exigües. Avec humour je dirais que vous semblez aussi ne pas souffrir des problèmes de connexion à internet. Sans plaisanter, vous n’avez pas toujours la possibilité de travailler les images numériques qui ont été intégrées à nos programmes de professeur d’arts plastiques. Pourriez-vous expliquer aussi en quoi l’enseignement à l’étranger diffère, à votre avis, de celui du système Français.

Sirène Fleuve Maroni. Paddock. 20. 07. 2009 (3)

Sirène Fleuve Maroni. Paddock. 2009 – Photographie Domé

Domé

J’aime la nature et de préférence vierge, c’est à dire non transformée par l’être humain comme en Europe depuis l’invention de l’agriculture et de l’élevage !. Cette nature dite sauvage est de plus en plus rare, elle m’a toujours attiré bien que sachant qu’elle a ses dangers tout en offrant de quoi vivre, surtout en forêt amazonienne où je viens de vivre de 2006 à 2012.

Exposer dans un environnement où la nature est accessible régulièrement est d’une importance capitale, j’ai toujours appuyé sur ce point lors de mes cours en école, collège et lycée en Guyane, ne serais-ce que pour pouvoir joindre la gestuelle et le libre déplacement à l’acte avec tout le recul souhaitable sans l’obligation d’être, tant pour l’enseignant que pour l’élève, dans l’obligation d’une attention constante pour ne pas « salir » les tables, le sol et les murs de la classe, cette contrainte c’est un bon quart du temps de cours !. Mais le plus important une bonne oxygénation du cerveau et des muscles pour soutenir la concentration et l’effort avec un bien-être pour étudier.

Sirène Fleuve Maroni. Village de Paddock. 2009  (6)

Sirène Fleuve Maroni. Village de Paddock. 2009  – Photographie Domé

Au sujet de ma connexion à Internet du travail en images numériques. Je n’ai pas de gros problèmes de connexion grâce à la Wifi ici et Internet par satellite à n’importe quel endroit dans le monde mais à des heures précises, mais je suis d’une génération qui sais vivre sans Internet et je tiens à ne pas perdre ce qui est assimilable à une autonomie, voire à une liberté, la dépendance technologique est un concept qui n’est pas nouveau, tout est question de polyvalence et de dosage. Quant à la création d’images avec la technologie numérique, c’est toujours de la création d’images. Aujourd’hui c’est le numérique, demain l’intelligence artificielle quantique, un outil reste un outil, ce qui est important de savoir c’est notre place par rapport à l’outil car chaque outil a ses possibles et ses impossibles, par exemple j’ai du mal à imaginer avec l’outil numérique le plaisir de manier la pâte de la peinture à l’huile avec son odeur d’essence de térébenthine naturelle au demeurant très bonne pour les voies respiratoires. Le plaisir du pétrissage et du modelage avec l’argile nous ramenant à la conscience de notre nature organique qui s’épanouit par l’éveil des sens et non pas avec nos neurones déconnectés du réel, source d’addiction voire de névrose, de violence !. A l’outil numérique je dis un grand oui d’abord par nécessité d’adaptation à son époque, puis parce qu’il est un plus dans la panoplie des outils à disposition, il ne peut remplacer les autres comme les autres ne peuvent le remplacer. C’est certes un atout pour l’expression et d’adaptation à toute circonstance que de posséder et de maîtriser plusieurs outils, l’important est de prévoir pouvoir toujours travailler l’image comme pour tout sans dépendre d’un seul outil.

A votre dernière question « en quoi l’enseignement à l’étranger diffère de celui du système français ». Et bien j’ai constaté qu’il diffère très souvent hors de France du fait qu’il n’est pas érigé en Système, doctrines ou dogmes hérités de traditions vieillottes , obsolètes, voire handicapantes en ces temps présents. Les pratiques sont portés tant dans les pays du Nord de l’Europe qu’en Afrique pour évoquer le monde industrialisé et non industrialisé, sur la dimension humaine de l’enseignant à l’élève et de l’élève à l’enseignant sur le principe du dialogue et faire plaisir dans un respect réciproque. Je pense qu’en France il faudrait que les référentiels éducatifs soient plus utilisés comme des indicateurs de directions, pas comme des règles hiérarchisées, rigides à travers un programme progressif compartimenté, implacables et sans marge d’adaptation en temps réel, il faut voir l’objectif et laisser le parcours se faire en fonction du contexte qui n’est jamais le même selon la population et le lieu. Autrement dit : beaucoup moins de théories pour plus de concret, de l’air frais, de l’humain de terrain car c’est ça la vraie réalité de l’enseignant et de l’élève, tout part de la confiance et de la responsabilisation, l’élève n’attend que cela, cela se gagne au jour le jour, sa violence potentielle vient en grande partie à la non réponse à ses attentes qui sont besoins vitaux…

Sirène Fleuve Maroni. Village de Paddock. 2009  (3)

Sirène Fleuve Maroni. Village de Paddock. 2009  – Photographie Domé

S.L. Quelles limites avez-vous rencontré dans la réalisation de vos projets d’enseignants ?

Domé

J’en ai bien sur rencontré des limites imposées à un moment ou à un autre d’un projet d’enseignement pédagogique, avant son commencement ou pendant sa réalisation, mais qui n’en a jamais rencontré !. Ce qu’il faut comprendre c’est qu’à partir du moment où on amène de l’innovation, surtout validée par l’expérience, il est envisageable que cela soit perçu par quelques rares individus comme un danger, celui de remise en cause du rassurant confort installé à force de patience et parfois de peine et en conséquence une mise en demeure d’évoluer, peur de recommencer à zéro. Cela est quasi systématique dans les mondes des inventeurs que je connais bien pour avoir déposé des Brevets d’Inventions et Copyright, c’est plus rare dans les mondes de l’enseignement (les mondes au pluriels car je pense en fonction de mes expériences en international). Aux limites rencontrés il y a autant de façons d’y répondre que de personnalités individuelles, baisser les bras est facile et entérine un échec, personnellement ma manière est de dégager le terrain et de contourner les limites rencontrées pour la réaliser ailleurs avec d’autres, c’est efficace…

Sirène Fleuve Maroni. Village de Paddock. 2009  (4)

Sirène Fleuve Maroni. Village de Paddock. 2009  – Photographie Domé

S.L. En parallèle, vous m’avez parlé d’un projet qui vous tient à cœur appelé « Thegrowingpyramid Sculpture », une sculpture qui pousse. Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste ce projet hors frontière  et comment peut-on s’y impliquer ?

Domé

« The Growing Pyramid » est la première de trois sculptures en structures architecturales différentes et complémentaires appartenant à un triptyque dont le titre est « The A.R.C.S ». Ce triptyque fut conçu en maquettes à Bordeaux en 1985 puis publié à Limoges en 1986, terminé à San Francisco fin 1986 il fut et déposé sur Copyright à The Library og Congress à Washington. En quelques mots voici les grandes lignes du concept du projet qui est exposé à échelle monumentale à Iracoubo en Guyane française depuis 2010. Vous pouvez voir des images et lire la première interview de ce projet artistique et culturel en allant sur mon facebook : thegrowingpyramid sculpture.

Pour ce triptyque j’avais sélectionné en 1985-86 quatre thèmes de recherches d’études : 1/ : La sculpture en structure architecturale (architectonique) dans toute l’histoire de l’art. 2/ : Les 5 solides de Platon. (les seuls polyèdres réguliers qui existent sur Terre et dans l’Univers). 3/ : La cristallographie des sites tétraédrique cristallins (voir sur Internet). 4/ : Les fractales dans la nature. (présent dans la nature y compris dans notre ADN).

polyedre

Polyèdres dits “Solides de Platon”

Qu’est-ce qu’une sculpture en structure architecturale qui pousse (The Growing ). Pour donner une image imaginez faire un dessin sur votre écran et que celui-ci grossisse sans cesse dans les 3 dimensions de l’espace où nous nous mouvons sans changer de forme et qu’en plus s’y ajoute d’autres dimensions impliquant les concepts de temporalité et d’espace social, tous croissants simultanément. Que cette sculpture-structure a la forme d’une pyramide à degrés et d’un hexagramme étoilé (étoile à 6 branches). A vos écrans….. Sachez aussi qu’elle croît au fur et à mesure de la participation de ses adhérents souscripteurs invités à faire œuvre poétique, littéraire, graphique, plastique, visuelle… sur les éléments de sa structure en devenant acteur à sa création permanente et coauteur légal de l’œuvre générale.

  Thegrowingpyramid Sculpture 3

The growing pyramid sculpture – Photographie Domé

Je pense que je vais très bientôt devoir fonder une Association loi 1901 pour que l’argent des souscriptions serve exclusivement à la réalisation de la sculpture en croissance permanente avec la reproduction numérique des œuvres graphiques et textes sur des supports inaltérables et à sa promotion publicitaire. Il ne faut que 78 éléments pour commencer (très vite elle sera plus haute que la Pyramide du Louvre et fera l’évènement national et international). Le problème actuel est de trouver un siège Social à l’Association avec possibilité d’atelier ouvert aux membres souscripteurs adhérents et grand terrain comme emplacement pour la sculpture qui pousse en pleine nature pas trop éloigné d’une grande ville. Il me faut aussi trouver deux autres membres pour fonder l’Association. J’expose ce projet en mai et juin à la Galerie Café Chamanart à Perpignan avec publication du Conseil Général.

 

S.L. Pour conclure et pour les enseignants d’art, que pensez-vous qu’il reste de commun et peut être d’universel à l’enseignement des arts plastiques et visuels hors frontière ? Pensez-vous qu’il y aurait des incontournables à faire passer auprès d’élèves, afin de porter les lumières d’une meilleure appréhension et compréhension l’art ?

Domé

Une chose est pratiquement certaine, ce qu’il y a d’universel dans l’enseignement de l’art c’est que l’art apparaît environ 35000 ans avant l’écriture et que depuis sa naissance il n’a jamais cessé d’exister sur toute la planète, il y a donc eut toujours transmission, enseignement universel au sens humain du terme (Concept du siècle des Lumière). Actuellement le concept d’universalité de l’art est porté par l’art contemporain international et son enseignement et en corrélation. L’incontournable pour l’enseignant comme pour l’élève est que Le monde est pluriel et que toute sa richesse est dans sa diversité. L’appréhension et la compréhension de l’art se fait en étudiant l’histoire de l’art au delà des esthétiques, à travers ses causes et effets sur tout son continuum et ce avec les interactions entre cultures et civilisations en précisant que nous sommes sur un instant de ce continuum.

 

Merci de nous avoir accordé ce temps Domé, je pense que votre témoignage pourra aider les enseignants et diffuseurs d’art à ne pas perdre de vue un caractère international de l’art et de ses pratiques. J’espère aussi que de nombreuses personnes seront interpellées par votre projet et y participeront. Je vous souhaite bonne chance !

Propos recueillis par S. Ladic de Dominique Routier 2013

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6 Responses »

  1. Une salutaire bouffée d’air frais, de bon sens et de créativité dans ce monde de brutes, bravo! J »me sens moins seule du coup avec mes délires de jardins éphémères au milieu de la cour du collège et autres « oeil géant » à la JR (dans la cour aussi) pour parler du recyclage. On s’éclate en métropole aussi!!!

    lajo

  2. Pingback: Interview de Sophie Carrier pour contrebalancer une certaine morbidité

  3. C’était super intéressant, c’est une superbe idée que Domé a eu là, de faire partager sa passion ! J’aime beaucoup les photos, car on voit que les gens ont l’airs heureux et très impliqués, j’adore !

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  5. Il en faut des enseignants comme Mr. !

    Petite rectification à mr l’interviewer la Guyane est un département français d’outre-mer. Qui ne doit normalement pas être considéré comme un pays étranger pour nous.
    J’y ai vécu quelques années et passé mes meilleurs années dans ce pays.

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