Aujourd’hui n’ouvrez pas vos cartables – 3e

Aujourd’hui n’ouvrez pas vos cartables – 3e
Aujourd’hui n’ouvrez pas vos cartables – 3e

Voici une incitation qui a chamboulé un peu les habitudes des 3e et qui, au-delà du côté ludique de la proposition, permet d’atteindre des objectifs de façon marquante pour les élèves.

L’article montre une séquence de cours où l’on découvre comment changer les matériaux habituels de la création en utilisant ce qui se trouve autour de soi. On se questionne aussi sur les liens entre le lieu et l’oeuvre.

Mise en garde

Il convient avant tout de rappeler aux enseignants qui s’inspireront de ce sujet de veiller à la sécurité avant tout et de jauger le public concerné. (Je ne ferais pas ce travail avec toutes les classes.) La manipulation des tables et des chaises peut engendrer des accidents, ce qui serait bien ennuyeux. Tout sera mis en place avec les élèves pour que chacun prenne soin de l’autre et de lui-même. Pas de super héros, juste une équipe unie dans une tâche commune.

Le sujet :

Aujourd’hui, vous n’ouvrirez ni cartable ni sac. Par contre,  ils vous serviront pour une proposition artistique de classe

Après concertation collective de 5 à 10 minutes, utilisez l’environnement de la classe, vos sacs et cartables pour proposer un dispositif artistique. 20 minutes

Puis, prenez un ensemble de photographies de qualité qui témoignent du travail collectif. 5 minutes

Séance 1

Quelques données à prendre en compte :

La gestion du temps

· 5 à 10 minutes de concertation

· 20 minutes pour la réalisation

· 5 minutes pour prendre des photographies du dispositif

· Rangement de la salle

· Verbalisation à chaud

Le critère d’évaluation

· Degré de participation

· Prise d’initiatives (recherches de solutions, idées nouvelles, idées organisationnelles…)

· Capacité à travailler en groupe (écoute, ouverture d’esprit, respect de la parole d’autrui…)

· Respect du sujet

· Degré de réussite de la production

· Qualité des photographies

· Gestion du temps

· Comportement

Séance 2

La seconde séance sert à la réflexion, à l’autoévaluation, au visionnage des photographies et aux références artistiques.

Une feuille de route permet d’autoévaluer les points précédents, de décrire clairement la production de classe de façon individuelle, d’en faire des croquis de mémoire.

Puis permet à chacun de s’interroger sur le travail.

Le type de question que l’on veut que les élèves se pose :

· Quels sont les gestes ou opérations plastiques qui ressemblent à des gestes d’artistes ? (donner des verbes)

· Quels éléments plastiques avez-vous pris en compte ? (Formes, Matière, Couleur, Lumière, Espace, Corps, matériaux…)

· Avez-vous tenu compte des matériaux pour faire votre proposition ? (rappel : un matériau fait du sens, il est porteur d’une histoire)

· Avez-vous tenu compte de l’espace global de la classe pour faire votre proposition ?

· Avez-vous pris en compte l’intégralité des éléments ? Sinon qu’avez-vous fait de ce qu’il restait ?

· Quels liens avez-vous trouvé entre votre dispositif et le champ des arts plastiques ?

·  Comment votre proposition dialogue-t-elle avec le lieu ?

·  Peut-on déplacer ou pas votre travail ? (éphémère, In situ)

·  Comment la photo rend-elle compte ou pas de votre dispositif ?

· Votre dispositif induit-il une circulation du spectateur ? …

Objectif 

· Amener les élèves à investir un espace limité de la salle d’arts plastiques en utilisant leurs sacs, et le mobilier de la salle.

· Tirer parti d’un lieu et des éléments qui le composent.

· Comprendre que tout élément du lieu participe de la lecture d’une œuvre.

· Prendre en compte le lieu et l’espace comme éléments constitutifs du travail plastique

· d’amener les élèves à s’interroger sur les relations entre l’œuvre et l’espace et notamment sur les différences entre installation et installation in-situ.

Apprentissages

· Utiliser le vocabulaire de l’espace acquis : matériaux, espace, spectateur, installation, in situ, éphémère

· Découvrir des pratiques artistiques liées à l’espace, l’installation, l’installation in-situ, caractéristiques artistiques.

· Réaliser une production artistique dans un espace et dans un temps limité.

Compétences

· Connaitre et utiliser un vocabulaire spécifique

· Prendre en compte le lieu et l’espace comme éléments constitutifs du travail plastique (en s’appuyant sur l’auto-évaluation de leur production)

· Travailler en équipe, animer un groupe

· Concevoir et conduire un projet, l’évaluer

Les trois propositions des élèves

1er dispositif : « l’infini » :

Le choix a été de réaliser le symbole de l’infini. La production a été divisée en deux, « par manque de place ». Une équipe de filles et une équipe de garçons se sont départagées le travail. Leur choix était d’intégrer le corps à leur dispositif.

Côté garçons : Les tables ont été disposées de façon à former une plateforme, un socle aux corps recroquevillés, avec un sac à dos, en formation pour représenter le symbole de l’infini.

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Côté filles : le symbole est matérialisé en alternant chaises et sacs puis en intégrant le corps.

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Les photographies restituent une difficulté à lire le projet, autrement dit le symbole n’est pas très visible.

L’espace de la salle tel qu’il est organisé ne permet pas une circulation d’un spectateur. Peut-être n’a-t-il pas été suffisamment pris en compte.

Mais où sont passées les chaises ? Ont-elles été éliminées du paysage ?

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A noter que les élèves ont voulu s’intégrer physiquement dans la production ; ce qui n’était pas un élément donné au préalable. Un choix intéressant et une preuve des acquis précédents.

2eme dispositif : « Pyramide et son serpent»

L’idée initiale était de réaliser une pyramide et un sphinx mais le choix du serpent, animal du désert, à remplacé le sphinx pour cause de lisibilité et de manque de temps. En effet, le choix des élèves a été judicieux.

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3eme dispositif : « cabane »

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Références artistiques

 

Ilya Kabakov

Ilya Kabakov, L’homme qui a volé dans l’espace, 1981-88. Installation: six panneaux d’affichage avec collage; médias mixtes. Chambre dimensions 96 x 95 x 147 cm. Centre Georges Pompidou, Musée d’Art Moderne, Paris

Ilya Kabakov a vécu en Union soviétique, ce qui rend l’art dans des circonstances difficiles pendant plus de trois décennies. Né en 1933 dans une famille juive, Kabakov est le fils d’un serrurier et un comptable. Après avoir fréquenté l’école d’art, il a travaillé comme illustrateur de livres et a contribué à plus de 150 livres pour enfants. Il a également commencé à travailler sur son propre art personnel.

Kabakov a grandi dans un climat où seul l’art officiellement approuvé était acceptable. Les artistes qui ont osé s’écarter de la doctrine officielle ont été atteints avec une forte désapprobation du gouvernement, et il est devenu de plus en plus difficile à exposer publiquement le travail qui ne reflétait pas la politique du gouvernement soviétique. L’un des lieux les plus importants pour la scène alternative de l’art qui a développé dans ces conditions restrictives était l’appartement. Vers 1975, Kabakov a commencé à accueillir des réunions d’artistes dans son appartement de Moscou. Son studio est devenu l’objet d’un échange d’idées, un lieu pour des conférences et des discussions entre les artistes.

Après des années de la création de personnages dans des albums qui contiennent du texte et des dessins, Kabakov a commencé à construire des habitats à part entière basé sur les personnages qu’il invente dans son atelier de Moscou, qui était situé sur le toit d’un immeuble communal. À partir du milieu des années 1980, le travail de Kabakov a commencé à se déplacer vers la planification et la réalisation d’une série de « total » installations, englobant les environnements dans lesquels les éléments de la musique, la poésie, le théâtre, la peinture, le dessin et la sculpture unis pour produire une expérience théâtrale multisensorielle. Le projet complet, installé d’ abord dans son propre atelier, était l’homme qui a volé dans l’espace. Ce travail présente une pièce aux murs couverts d’affiches et de slogans célébrant le Parti communiste, ses dirigeants et ses réalisations technologiques. L’habitant de la chambre, après avoir construit une fronde de fortune, aurait été lancé à travers le plafond de sa chambre misérable pour disparaître dans l’espace. Ce travail humoristique mais complexe se moque de l’écart entre l’ambition technologique soviétique et la pauvre réalité matérielle de la vie quotidienne en Russie. Cet amalgame presque impossible de satire mordante et de l’idéalisme est caractéristique des réponses mitigées de Kabakov à la réalité soviétique.

Kabakov explore le potentiel des espaces à raconter des histoires. Tout comme la littérature, son travail allie caractère, intrigue, le cadre, le dialogue, et le point de vue. L’homme qui a volé dans l’espace est une installation d’ abord à New York, galerie d’exposition de Kabakov en 1988. Dans cette exposition, sa métaphore centrale pour la vie soviétique était l’appartement communal, où les générations d’une famille s’entassent dans une seule pièce, et des groupes familiaux partagent une cuisine et une salle de bains. Ces intérieurs communaux et les personnages qui les habitent ont fourni à Kabakov la matière première à inventer un monde de personnalités variées, chacun avec leur propre environnement, comportements culturels et subjectifs.

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Kawamata Cathédrale de chaises 2007

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L’artiste japonais Tadashi Kawamata a opéré dans cette installation ce qu’il appelle des accumulations de chaises. Kawamata prend toujours comme points de départ des sites urbains existants qu’il choisit avec soin et dont il étudie l’histoire en détail. Il les pare ensuite de labyrinthes et autres échafaudages pour créer une sorte de cancer architectural.

Tadashi Kawamata 3 Tadashi Kawamata 2

Pour son intervention à Versailles, Tadashi Kawamata, (proche du Land Art), investit intérieur et extérieur du centre d’art contemporain, en greffant une construction réalisée à partir de cagettes de fruits et légumes au bâtiment de Jules Hardouin-Mansart. L’installation forme une nouvelle strate d’architecture : elle enveloppe, contraint et parasite le bâtiment qui disparaît. Les caractéristiques architectoniques de l’espace d’exposition sont effacées au profit d’un curieux exosquelette.

L’oeuvre de Tadashi Kawamata porte une réflexion sur le contexte social et les relations humaines qui le définissent.

Tadashi Kawamata

Tadashi Kawamata

CRAGG Tony cumulus

CRAGG Tony (né en 1949), Cumulus, 1998.

Tony Cragg, Stack

Tony Cragg, Stack 1975

Christian Boltanski Personnes

Christian Boltanski, « Personnes »,

Arman, totem

Arman, totem

Olafur_Eliasson

Olafur_Eliasson_2014, photo by anders sune berg, courtesy of the louisiana museum of modern art

Olafur_Eliasson enquête sur la façon dont nous percevons le paysage à travers le mouvement, et son travail est caractérisé par un intérêt persistant pour la beauté particulière des paysages nordiques, ses lumières.

Michelangelo Pistoletto

2002-2007 Michelangelo Pistoletto, La table de la Méditerranée, installation (miroir, support bois, sièges)

L’oeuvre de Michelangelo Pistoletto : une table-miroir ayant la forme du bassin méditerranéen autour de laquelle des sièges provenant de divers pays côtiers sont disposés. Une invitation à s’assoir autour de la table pour dépasser les conflits / instaurer un dialogue entre cultures.
C’est l’oeuvre-symbole d’une association Love Difference, mouvement artistique pour une politique « inter-méditerranéenne » fondée en 2002 par Michelangelo Pistoletto au sein de sa Fondation Cittadelarte (créée à Biella en Italie en 1998). L’artiste invite autour de la table d’autres artistes, architectes, stylistes, urbanistes, économistes des différents pays du littoral méditerranéen à une prise de conscience et de responsabilité sociale et économique. L’’installation se déplace dans les musées en fonction des évènements comme ce fut le cas à Marseille en 2011 ou à Saint-Étienne en 2007, à Strasbourg en 2008…

Cette conception de la pratique artistique a pour base le postulat du statut social de l’artiste, l’artiste et sa présence au monde… au sein d’une entité où l’art et la vie sont mêlés, en tout cas dans une implication au regard de tous ceux qui l’entourent, rappelle Gilbert Perlin lors d’un entretien avec Michelangelo Pistoletto en février 2007.

Michelangelo Pistoletto a fait partie du groupe de l’Arte Povera, né en 1967, dont Germano Celant son théoricien, dit qu’il milite en faveur d’un art pauvre concerné par le présent...

Réinvestissement / Prolongement du sujet

1. Proposez plusieurs organisations du mobilier pour des fonctions différentes (travail de croquis et réalisation avec le mobilier de classe)

2. Proposez un type de mobilier pour une fonction précise et symbolique (travail numérique ou sur feuille, technique au choix ou maquette) qui soit porteur d’une idée, vecteur d’un évènement ou d’un débat.

© Sylvia Ladic

 

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7 Responses »

  1. Magnifique travail…J’avais eu en début d’année, une idée approchante: « En utilisant le mobilier de la classe donner une idée de l’ambiance de votre classe (entente entre les élèves) »…Les propositions sont restées assez sages et un peu trop illustratives. Merci pour le partage de cette expérience.

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  3. bonjour
    magnifique travail….. très bonne initiative de vos élèves bravo a eux et a vous
    bonne journée
    francoise

  4. Bonjour,
    Passionnant, bravo !
    J’ai juste une ou deux questionq :
    les thèmes, c’est eux qui deviaent en choisir un ? Cela faisait partie de la demande (pardon si j’ai mal lu)
    Ensuite les références, c’est toi qui les a données ou bien c’est les élèves guidés par toi ? Dans le dernier cas, comment procèdes-tu ? Et ces références, ils en disposaient avant ou les ont découvertes après ?
    Enfin bravo encore chapeau quel boulot, quel courage pour lancer ça et canaliser toute l’énergie que ça doit soulever !

    • Bonjour Zaza,
      Le thème a été choisi en groupe classe par les élèves, quant aux références elles ne sont données qu’après, histoire de ne pas les influencer.
      Précision : pour faire ce genre de sujet, il vaut mieux avoir des élèves responsables.
      Bonne inspiration à vous.

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