Analyse d’oeuvre : L’oeil cacodylate de Francis Picabia

Analyse d’oeuvre : L’oeil cacodylate de Francis Picabia
Analyse d’oeuvre : L’oeil cacodylate de Francis Picabia

L’œil cacodylate de Francis Picabia


L-oeil-cacodylate_Francis-Picabia_1921

 

Sommaire

Présentation générale. 3

Repérage chronologique. 3

Vie de l’artiste / de l’auteur. 3

Contexte historique de création. 10

Deux films qui retracent l’époque des années folles : 13

Le bœuf sur le toit. 14

L’histoire de « L’œil cacodylate ». 14

L’apport de Marcel Duchamp sur L’œil cacodylate. 15

Style / mouvement / courant artistiques. 16

Un mouvement international 17

La fin du dadaïsme. 17

L’humour … 17

Description de l’œuvre et interprétation. 19

Portée ou influence de l’œuvre. 22

En quoi l’œuvre a-t-elle marqué son temps ?. 22

Peut-on la rapprocher d’autres œuvres ?. 23

Les questions que soulève l’œuvre : 25

Lexique de base – mots clé. 25

Les sources : 26

 

Présentation générale

Titre de l’œuvre : L’oeil cacodylate

Nature de L’œuvre – Technique : Huile sur toile et collage de photographies, cartes postales, papiers divers découpés

Genre de L’œuvre : Document ? Peinture historique ? Peinture collective ?

Artiste / Auteur : Francis Picabia

Date vie / mort : 1879 – 1953

Date de création : 1921

Les périodes historiques : XX siècle

Catégorie : Arts plastiques

Domaine / thématique

· Arts, techniques, expressions

· Arts, ruptures, continuités

Eléments de recherche

Repérage chronologique

Repérage de l’œuvre et indication d’évènements historiques proches

  • · 1893 : Début de l’Art Nouveau
  • · 1895 : Naissance du cinéma
  • · 1907 : Naissance du cubisme
  • · 1910 –1930 : Art déco
  • · 1913 : Roue de bicyclette de Marcel Duchamp
  • · 1914 – 1918 : 1ere guerre mondiale
  • · Porte-bouteille de Marcel Duchamp
  • · 1916 : Fondation par Tristan Tzara du Dadaïsme
  • · 1917 : Fontaine de Marcel Duchamp
  • · 1920 – 1929 : Les années folles
  • · 1921 : L’œil cacodylate
  • · 1924 : naissance du surréalisme
  • · 1929 : Crise économique (Etat Unis puis touche la France en 1931)

Vie de l’artiste : Francis Picabia

François Marie Martinez Picabia naît à Paris le 22 janvier 1879, il meurt, le 30 Novembre 1953.
Durant sa vie, Picabia explore la plupart des mouvements artistiques de son temps.

Picabia est le fils d’un espagnol né à Cuba, Francisco Vicente Martinez Picabia, et d’une française, Marie Cécile Davanne, mariage de l’aristocratie espagnole et de la bourgeoisie française. Picabia a sept ans quand sa mère meurt de la tuberculose. Il grandi alors entouré de son père, Consul de Cuba à Paris, son oncle et son grand-père. Il commence alors à dessiner et à peindre.

A son grand-père, qui prédit que la photographie finira par remplacer la peinture, Picabia rétorque : « Tu peux photographier un paysage, mais pas les idées que j’ai dans la tête. » Cette phrase restera représentative de sa pratique artistique.

Portrait de Francis Picabia

Portrait de Francis Picabia

Picabia commence son apprentissage en 1895 à l’Ecole des Arts décoratifs. En 1899 Picabia fait ses débuts au Salon des Artistes Français avec le tableau Une rue aux Martigues. Ce n’est qu’après 1902 qu’on ressent dans la peinture de Picabia l’influence de Pissarro, et surtout celle de Sisley. C’est alors que commence sa période impressionniste.

Il ne considère pas l’art comme une reproduction de la nature mais plutôt comme l’expérience émotionnelle de l’artiste face à celle-ci, exprimée de façon subjective dans une synthèse de formes et de couleurs.

En 1909 il épouse Gabrielle Buffet, une jeune musicienne d’avant-garde.

Francis Picabia et Gabriel Buffet - 1910

Francis Picabia et Gabriel Buffet – 1910

De 1909 et 1914, Picabia expérimente des œuvres qui ont trait à divers courants artistiques tels que le Fauvisme, le Futurisme, le Cubisme ou l’Orphisme puis il réalise des œuvres abstraites.

Picabia devient membre de la Société Normande de Peinture Moderne où il entre en contact avec l’avant-garde parisienne. 1910-1911 marquent le début d’une amitié qui durera toute sa vie avec Marcel Duchamp, pour qui Picabia est une force libératrice. L’année 1911 est aussi celle de sa rencontre fructueuse avec Guillaume Apollinaire.

Picabia se rend à New York avec sa femme Gabrielle en tant qu’ambassadeur et porte-parole de l’avant-garde européenne ; il devient tout de suite célèbre. A l’Armory Show il expose quatre tableaux de 1912 : Danses à la Source I, Procession à Séville, Paris et Souvenir d’Italie à Grimaldi. A la presse, Picabia explique qu’il « peint son âme sur la toile » et que dans ses tableaux, « le public ne doit pas chercher un souvenir ‘photographique’ d’une impression visuelle ou d’une sensation, mais il doit les regarder comme une tentative pour exprimer le plus pur de la réalité abstraite de la forme et de la couleur considérées en elle-mêmes. ». Picabia rencontre le photographe Alfred Steiglitz et son groupe d’amis, des artistes qui se réunissent à la Galerie 291 (au numéro 291 de la 5ème Avenue). Il revient à Paris en 1913.

Picabia La danse au printemps 1912

Francis Picabia, La danse au printemps 1912, huile sur toile, 47 7/16 x 47 1/2 pouces (120,5 x 120,6 cm), Philadelphia Museum of Art , Philadelphie. Exposé au 1913 Armory Show .

1914, explose la Première Guerre Mondiale. Grâce à des relations de sa famille, Picabia militaire part en mission à Cuba en Mai 1915, mission qu’il abandonne lors d’une escale à New York. Il reprend contact avec ses amis de la Galerie 291.

A partir de 1916 Picabia passe son temps entre Barcelone et New York, cherchant à échapper à la guerre. Alors qu’il réside temporairement à Barcelone en compagnie de ses amis expatriés, il se met sérieusement à la poésie. En 1917 Picabia publie son premier recueil de poèmes sous le titre Cinquante-deux miroirs.

Au printemps 1917, tandis que l’Amérique déclare la guerre à l’Allemagne, Picabia fait son dernier voyage à New York où ses activités principalement dadaïstes sont concentrées autour de Duchamp et Arensberg. De retour à Paris en Octobre, Picabia voit sa santé se détériorer et sa vie privée s’assombrir. La même année, il rencontre Germaine Everling qui deviendra bientôt sa compagne dévouée. L’année suivante, il part en Suisse pour une période de convalescence pendant laquelle ses médecins lui interdisent de peindre. Il écrit fiévreusement. Picabia est aussi en contact avec Tristan Tzara et des Dadaïstes de Zurich. En 1919, après dix ans et quatre enfants, Picabia se sépare de sa première femme et s’embarque pour une nouvelle aventure avec Germaine Everling et les Dadaïstes.

Francis Picabia-1916-18 La machine tourne vite

Francis Picabia-1916-18, La machine tourne vite, National Gallery of Art, Washington D.C

En 1920, c’est la belle époque pour Dada à Paris : à sa tête, Tristan Tzara, André Breton et Picabia. Le Tout Paris danse à son rythme. C’est une année riche en idées, en “happenings”, en expositions, ouvrages, articles et revues, pour Picabia.

En 1921, avant même que ce groupe tapageur n’ait pu connaître une deuxième saison à Paris, des conflits internes apparaissent et créent de sérieuses dissensions au sein des Dadaïstes. Ce qui a commencé comme un élan de protestation contre l’hypocrisie de tout système créé par les hommes, tragiquement illustré par la Première Guerre Mondiale, devient lui-même un système. C’est une situation intolérable aux yeux de Picabia qui se sépare des Dadaïstes, en particulier de Tzara et Breton, en 1921 : dans une édition spéciale de 391, Pilhaou-Thibaou, il les attaque violemment et dénonce « la médiocrité de leurs idées maintenant conformistes. » Dans ses adieux, Picabia répète que « l’esprit dada n’a vraiment existé qu’entre 1913 et 1918… En voulant se prolonger, Dada s’est enfermé en lui-même… »

Avant son départ pour le sud de la France en 1925, qui sonne encore comme une rupture dans sa vie et son œuvre, Picabia offre encore à Paris quelques “scandales” mémorables : Au Salon des Indépendants de 1921, c’est L’œil cacodylate et au Salon d’Automne, Le double monde et les yeux chauds, accompagnés de la devise ironique, « L’oignon fait la force. » Des trois œuvres proposées pour le Salon des Indépendants de 1922, Danse de Saint-Guy, Chapeau de paille et La veuve joyeuse, les deux derniers sont refusées, ce qui provoque un nouveau scandale. La même année, Picabia et Germaine Everling se retirent des “folies parisiennes” dans la lointaine banlieue de Tremblay-sur-Mauldre.

1923 est une autre année prolifique. Au Salon des Indépendants, Picabia expose une série unique d’œuvres basées sur la recherche optique, Volucelle, Volumètre et Optophone.

Francis Picabia Optophone 1923

Francis Picabia, Optophone, 1923

En réaction contre le surréalisme, Picabia d’implique dans Relâche, un ballet “instantanéiste” de “mouvement perpétuel” et Entr’acte. Relâche est produit par Rolf de Maré et les Ballets Suédois, avec une choréographie de Jean Borlin et une musique d’Erik Satie. Le court-métrage Entr’acte est écrit par Picabia et réalisé par René Clair. Cette “interlude” entre les deux actes du ballet burlesque est un instantané parfait entre Dadaïsme et Surréalisme. Alors qu’il écrit le scénario d’une nouvelle farce, Ciné-Sketch, qui n’est présentée qu’une fois, le soir du réveillon pour la nouvelle année 1925, “Funny Guy” fait ses adieux à Paris.

A partir de là, Picabia demeure vingt ans sur la Côte d’Azur. Sa première étape est Mougins, situé dans les collines derrière Cannes, où il fait construire le Château de Mai dans lequel il s’installe avec Germaine Everling, son fils Michel Corlin et leur fils Lorenzo, né en 1919. C’est alors qu’entre en scène Olga Mohler, une jeune suissesse de vingt ans engagée d’abord comme gouvernante pour Lorenzo.

La notoriété éblouissante de Picabia le suit à Cannes où il s’impose rapidement comme la célébrité locale au Casino et à ses Galas. Les visites fréquentes de ses amis parisiens comme Jacques Doucet, Marthe Chenal, Pierre de Massot et Marcel Duchamp entretiennent sa “vie mondaine”. En 1926, quatre-vingt Picabia sont vendus aux enchères à l’Hôtel Drouot provenant prétendument de la collection personnelle de Marcel Duchamp, son vieux complice.

L’année suivante, Picabia administre les derniers sacrements à Dada ; il signe dans Comoedia un article cinglant intitulé “Picabia contre Dada ou le retour à la raison.” Il se lie avec Olga Mohler qui devint sa femme en 1940. C’est à cette période que se développent des transparences Néo-Romantiques dans sa peinture.

Francis Picabia Français Can-Can 1942-1943

Francis Picabia, Français Can-Can, 1942-1943

Face à la Deuxième Guerre Mondiale, son attitude demeure tout aussi individualiste et provocatrice, au point que son “esprit dada” et ses positions apolitiques lui créeront des difficultés lors de la Libération. A partir de 1939, les ennuis se multiplient. Le train de vie de Picabia s’est considérablement réduit. Il vit principalement des revenus que lui assure la vente de ses tableaux.

Les dernières années passées sur la Côte d’Azur voient naître une série de tableaux d’un réalisme appuyé — et d’un faux académisme. Pendant ces années difficiles, Picabia, en dépit de son “incorrigible pessimisme”, se raccroche à la vie en peignant des nus et d’autres sujets d’imagerie populaire.

En 1945, Picabia est enfin de retour à Paris. Olga et lui emménagent dans l’ancienne maison de famille et s’installent dans l’atelier de son grand-père.

À la fin de l’année 1951, Picabia souffre d’une artériosclérose paralysante qui l’empêche de peindre et meurt deux ans plus tard, le 30 Novembre 1953.

Toute sa vie Picabia n’a jamais craint de s’opposer aux divers systèmes et conventions. Sa posture fut toujours celle d’un chercheur se jouant des mots et de la représentation arbitraire des idées.

Contexte historique de création

Cadre géographique ? Evènements marquants ? Eléments d’inspiration…

Picabia rejoint le mouvement Dada en 1919. Il en devient vite l’une des vedettes. Le dadaïsme est un pied de nez à la guerre et sa gravité, jugées absurdes, de plus, nous entrons dans « les années folles ».

Les Années folles commencent en 1920 (1920-1929) et sont comprises entre la fin de la Première Guerre mondiale et la crise économique et sociale de 1929.

Joséphine Baker

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Joséphine Baker, figure emblématique des « années folles » en France

modèle de maillot de bain 1920

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Un modèle de maillot de bain des années 1920.

Pendant la guerre les regroupements festifs se constituaient afin de donner du courage aux troupes. Après la fin du conflit, une génération nouvelle rêve d’un monde nouveau. Venu d’Amérique avec les Alliés, le jazz fait son apparition mais également la danse, la radio et les sports, les industries avec les électroménagers etc, sur fond de très forte croissance économique… Le cinéma muet, pour sa part, reprend de plus belle.

mode 1925

Copyright © AFP/Collection Roger-Viollet – Concours d’élégance en 1925

Une vie de chien 1918 Charly Chaplin

Affiche du film Une vie de chien 1918 avec Charly Chaplin

Le début du XXe est marqué d’extravagance. C’est l’époque d’André Gide et Marcel Proust en littérature et de la naissance du mouvement dadaïste dont Tristan Tzara publie le manifeste en 1916. Des influences américaines se sont faites sentir durant cette période. En effet, les soldats américains ont laissé derrière eux de la musique et des danses originales et très rythmées, comme le Charleston.

En 1924, le surréalisme d’André Breton voit le jour, définit dans le premier Manifeste du Surréalisme comme un « automatisme psychique …».

A la fin du XIXe L’Art nouveau caractéristique par ses lignes courbes et d’inspiration végétale se trouve progressivement remplacé, par les épures précieuses et plus géométriques de l’Art déco. De sa naissance au cours des années 1910, prend son plein épanouissement au cours des années 1920 avant de décliner à partir des années 1930.

Vase Daum motifs art nouveau

Vase Daum (Nancy) vers 1900- ART NOUVEAU et motifs Art nouveau

Chrysler Building New York art déco Motifs Art Déco

Flèche du Chrysler Building, New York -ART DECO et Motifs Art Déco – Vers 1920

Les « Années folles » se caractérisent par cette volonté de paix intérieure. Nous sommes dans la période d’après guerre et la société veut profiter au maximum de la vie tant qu’elle le peut encore ; les années à venir étant incertaines. C’est cette société qui se réjouit d’une paix retrouvée et qui découvre dans le même temps les bienfaits de la consommation en s’efforçant au final de prolonger au maximum cette situation de stabilité intérieure.

Deux films qui retracent l’époque des années folles :

· Le film The artist réalisé par Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin pour rôle principal donne un bon aperçu des années folles : film muet, en noir et blanc et dont les musiques, claquettes et charleston, les décors et tenues vestimentaires retracent l’ambiance du moment.

The artist 2012

Image du film The artist 2012

· Minuit à Paris réalisé par Woody Allen nous embarque dans un Paris traversant son âge d’or artistique. Dans ce film on y retrouve de grands acteurs comme Owen Wilson et Marion Cottilard, mais aussi de grands artistes comme Ernest Hemingway, écrivain de la « génération perdue », Picasso ou encore Salvatore Dalí.

Midnight in Paris – 2011 Midnight in Paris – 2011 film

Affiche et image du film Midnight in Paris – 2011

Le bœuf sur le toit

La période des années folles représente le point culminant où l’art est à son apogée et où le jazz arrive en France.

A Paris, le bœuf sur le Toit est un des Hauts lieux de la fête autour d’artistes venus de toute l’Europe et de dandys comme Jean Marais et Jean Cocteau. Le Bœuf sur le Toit a toujours été placé sous le signe de l’élégance et de l’impertinence. Derrière Jean Cocteau et Darius Milhaud, toute l’avant-garde des arts et des lettres s’y retrouve. Depuis transféré rue du Colisée près des Champs-Élysées, le lieu a conservé son style Art Déco. Tout ici, des boiseries de chêne, aux miroirs gravés, des peintures aux sculptures, des photos au comptoir en acajou est un hommage au style Art Déco.

« Le jazz et la mode y partagent le couvert et la bonne humeur le temps d’un « bœuf ». »

Le Bœuf sur le Toit restaurant
Un dîner de gala au restaurant Le Bœuf sur le Toit restaurant de 1922 (collection Henrion)

Le lieu est aussi fréquenté par les dadaïstes, le mouvement étant alors en plein essor. L’œil cacodylate était suspendu sur un des murs du cabaret. En 1967, le centre Pompidou a acquis le tableau en hommage au restaurant devenu emblématique de la culture.

L’histoire de « L’œil cacodylate »

En 1921 Picabia est atteint d’un zona à l’œil et obsédé par ce mal. Il peint durant cette période un œil sur une toile, qu’il suspend dans son salon pour y inviter ses amis à y écrire. Un condensé de purs dadaïstes signé par 56 mains, dont celle de Tristan Tzara, Jean Cocteau, Marcel Duchamp, Man Ray… Une phrase très représentative du mouvement et du contexte est celle que François Hugo écrit sur la toile : « je n’ai rien fait et je signe ». Nous pouvons y voir une allusion aux ready made (déjà fait) de Marcel Duchamp et un trait d’humour typique des acteurs du mouvement.

L’œil cacodylate sera refusé au salon des Indépendants : « Un tableau ça ! Certainement pas ! » L’artiste n’y a quasiment rien fait et sa signature est perdue au milieu des autres. Picabia rétorquera : « mon tableau qui est encadré, fait pour être accroché au mur et regardé, ne peut être qu’un tableau. »

L’apport de Marcel Duchamp sur L’œil cacodylate

On peut considérer que Marcel Duchamp (1887-1968) serait à l’origine de cette toile. Celui-ci s’insurge contre les peintres qu’il appelle « les intoxiqués de la térébenthine » et contre « la bêtise rétinienne » liée à cet art. Il se réclame plus proche de l’expression de Léonard définissant la peinture comme une « chose mentale ». En 1913, il expose une « sculpture » appelée Roue de bicyclette. Deux objets quotidiens sont assemblés et collés l’un sur l’autre par l’artiste : une roue de bicyclette et un tabouret. Ici rien ne sort de la main de l’artiste qui réalise un collage tridimensionnel.

Roue de bicyclette Marcel Duchamp 1913

Roue de bicyclette, Marcel Duchamp, 1913

En 1914, avec le fameux Porte-bouteilles, acheté au Bazar de l’Hôtel-de-ville, Duchamp élabore le concept de ready-made : « objet usuel promu à la dignité d’œuvre d’art par le simple choix de l’artiste » (définition du Dictionnaire abrégé du Surréalisme, André Breton, 1938). « La main de l’artiste n’intervient plus dans l’œuvre, tout savoir-faire ainsi que tout plaisir esthétique lié à la perception de l’œuvre s‘annulent. La trace du créateur a disparu et se réduit au seul choix et à la nomination de l’objet. Le titre qui, d’abord, nomme le plus platement l’objet, Porte-bouteilles, prendra de plus en plus d’importance. L’objet sera rebaptisé plus tard Séchoir à bouteilles ou Hérisson.
Le choix de cet objet n’était pourtant pas anodin. Les verres et les bouteilles avaient envahi la peinture cubiste de laquelle Duchamp voulait sortir comme d’une « camisole de force », disait-il. Aux bouteilles et aux verres se démultipliant en mille facettes transparentes du Cubisme analytique succède l’objet réel, opaque et en fer, qui les accueille, piquant comme un hérisson. »

Porte-bouteille Marcel Duchamp 1914

Porte-bouteille, Marcel Duchamp, 1914

En 1915 Duchamp s’installe aux Etats-Unis. Poursuivant ses ready-mades il y ajoute des inscriptions comme, sur une pelle à neige, En prévision du bras cassé. Par l’humour et les jeux de mots, il transforme l’objet usuel en autre chose.

Pour Duchamp, les jeux d’esprit prévalent sur l’admiration du visuel.

En 1917 Duchamp réalise Fontaine, un urinoir retourné. Présenté au Salon des indépendants à New York sous un pseudonyme (R. Mutt), le jury dont il fait lui-même partie le refuse. Le scandale qui en découle participe du succès des ready-mades.

Les ready-mades originaux ont disparu, restent des répliques qui, comme le dit Duchamp, « transmettent le même message que l’original ». Pour lui, le seul critère esthétique ne suffit pas à définir ce qui est de l’art et ce qui ne l’est pas, et l’artiste est celui qui met en question, les poussant toujours de plus en plus loin, les limites de l’art. L’objet du quotidien agrémenté d’un titre perd son usage pour devenir un objet de musée, une œuvre d’art.


Ce geste radical de Duchamp est à l’origine de la remise en cause du statut de l’art au 20e siècle. Il trace ainsi les jalons de l’œil cacodylate de Picabia, une œuvre constituée majoritairement de signatures et d’images « toute faites ». Nous ne sommes pas loin des ready made.

Style / mouvement / courant artistiques

DADAISME – 1916 DADA   (Europe,)

L’œil cacodylate est une œuvre dadaïste.

Le dadaïsme, aussi appelé Dada, est un mouvement intellectuel, artistique et littéraire

Fondé par Tristan Tzara en 1916 le dadaïsme rejette toutes les conventions, contraintes, les idéologies artistiques, politiques et appelle à libérer sa créativité grâce à l’esprit de l’enfance, l’extravagance, la provocation et l’humour.

Ce courant artistique regroupe différents modes d’expressions artistiques : poésie, peinture, les collages, les assemblages.

Idées générales et fédératrices : Les artistes du mouvement Dada revendiquent la liberté de création. Ils dénoncent surtout les conventions de « l’Art » basé sur le bon gout et sur le « Beau ». Dans un contexte chaotique, ravagé par la Première Guerre mondiale, ils jouent avec les convenances, l’humour et la créativité, osant l’extravagance et la dérision dans le but de dédramatiser.
Dada se caractérise par un esprit irrévérencieux et léger, une capacité de pouvoir créer de toutes les façons possibles, une recherche de la liberté sous toutes ses formes.

Le Cabaret Voltaire a pour mission de divertir ses adeptes en présentant des programmes musicaux et poétiques exécutés par des artistes présents parmi le public. Les créateurs du Cabaret incitent les jeunes artistes de Zurich à participer à la programmation en donnant leurs suggestions. C’est ainsi qu’on attire les grands personnages du dadaïsme: Tristan Tzara, poète roumain, Richard Huelsenbeck, poète allemand, Jean Arp, sculpteur alsacien ainsi que Hans Richter, peintre allemand.

C’est en ouvrant au hasard un dictionnaire qu’ils tombent sur le mot « Dada » et qu’ils décident de nommer leur mouvement ainsi.

« Dada est une nouvelle tendance artistique, on s’en rend bien compte, puisque, jusqu’à aujourd’hui, personne n’en savait rien et que demain tout Zurich en parlera. Dada a son origine dans le dictionnaire.

C’est terriblement simple. En français cela signifie « cheval de bois ». En allemand « va te faire, au revoir,

à la prochaine ». En roumain « oui en effet, vous avez raison, c’est ça, d’accord, vraiment, on s’en occupe », etc. C’est un mot international. Seulement un mot et ce mot comme mouvement. »

Extrait du manifeste Dada écrit par Hugo BALL, le 14 juillet 1916

C’est en 1918 que le dadaïsme culmine. Le peintre et sculpteur Marcel Duchamp se joint au groupe zurichois, et donne un impact non négligeable au mouvement.

Un mouvement international

« En peu de temps, le mouvement dadaïste s’étend aux frontières de l’Europe puis, prend des proportions internationales. Sa philosophie provoque et intrigue, tout à la fois.

C’est grâce à l’arrivée de 3 Dadas français que le mouvement s’établit aux États-unis et plus particulièrement dans l’influente ville qu’est New York, en 1915. Marcel Duchamp, Man Ray et Francis Picabia s’y installent et y exposent leurs œuvres. Les trois hommes y publient une revue appelée 291, sans toutefois connaître le succès escompté. Ce n’est qu’après plusieurs tentatives infructueuses qu’ils rentrent en France disant que « Dada ne peut pas vivre à New York ».

Vers 1918, peu avant la fin de la destructrice guerre, le mouvement s’installe dans trois villes d’Allemagne : Berlin, Cologne et Hanovre. Ainsi, plusieurs collaborations ont lieu, notamment entre le peintre, sculpteur et poète alsacien Jean (Hans) Arp et le peintre et sculpteur allemand Max Ernst. Le peintre et poète allemand Kurt Schwitters limite quant à lui ses activités à Hanovre. Il y créa d’ailleurs un mouvement parallèle au Dada appelé Merz et y consacra une revue entre 1923 et 1932. »

C’est entre 1919 et 1923 que le dadaïsme s’établit à Paris. Il est à son apogée en tant que mouvement, avec des artistes tels que Tristan Tzara, Francis Picabia, Man Ray et André Breton.

Le dadaïsme s’est finalement imposé au monde entier et son esprit continue d’influencer de multiples artistes encore de nos jours.

La fin du dadaïsme

« La fin du dadaïsme ne connaît pas de véritable date. En fait, plusieurs avis diffèrent les uns des autres ou se contredisent. Certains s’entendent pour dire que seules les dates de décès des différents Dadas peuvent donner une véritable mort au mouvement.

Ceci dit, un tout autre scénario s’avère des plus intéressants.
La dislocation du dadaïsme aurait eu lieu au printemps 1921, dans le cadre du procès fictif de Maurice Barrès, célèbre homme politique et écrivain. Les Dadas avaient organisé ce procès contre Barrès, l’inculpant pour « attentat à la sûreté de l’esprit». S’en résulta un soulèvement au cours duquel les fondateurs du mouvement, Tristan Tzara en tête, se rebellèrent et crièrent haut et fort leur haine de la justice, même si organisée par Dada.

Il s’agissait de la dernière manifestation dadaïste parisienne.

Par ailleurs, dès le début des années 20, le mouvement perd de son ardeur. Ses plus grands défenseurs jugent que « Dada tourne en rond » et en 1921, la revue belge « Ça Ira! » annonce que Dada est mort.

Même si les avis diffèrent, tous semblent dire à l’unisson que Dada s’est éteint de façon non définitive entre

1920 et 1925, faisant place aux autres courants qu’elle a influencés. »

L’humour …

Dada et humour ne font qu’un. Le mouvement fut d’abord et avant tout créé dans le but de briser toutes les conventions imposées dans l’art par l’irrévérence et la dérision. L’humour s’allie donc d’emblée à la pensée dadaïste.

L’esprit d’enfance est visible dans toutes les sphères artistiques du dadaïsme.
Les artistes adhérant au mouvement se sont employés à inventer des langages hétéroclites, extravagants, en jouant avec les mots, leur donnant ainsi une connotation plus joyeuse.

Cette volonté d’incongruité était en fait causée par la jubilation d’être encore en vie, suite aux années infernales que la Première Guerre mondiale venait d’occasionner. Les jeunes gens sentaient le besoin de scander leur bonheur haut et fort et ce avec raison.

Pratiques développées: le ready made (déjà fait), le hasard, le geste, l’humour…

Artistes du mouvement : Francis Picabia, Kurt Schwitters, Hans Arp, Max Ernst, Marcel Duchamp ,…)

Quelques œuvres dadaïstes :

 

Raoul HAUSMANN ABCD

Raoul HAUSMANN, ABCD, 1923-1924, Photomontage et collage : encre de Chine, reproduction de photographie et imprimés découpés, collés sur papier, 40,5 x 28,5, Paris, Centre Pompidou-Musée national d’art moderne

Raoul Hausmann L'esprit de notre Temps

Raoul Hausmann  » L’esprit de notre Temps » Sculpture 1919 Matériaux : Marotte de coiffeur en bois, Morceau de mètre de couturière, Rouage de montre, Rouleau de caractère d’imprimerie, Gobelet télescopique, Carton blanc, Tuyau de pipe

Marcel Duchamp Fontaine 1917

Marcel Duchamp « Fontaine » en faïence1917 est un Ready made (un objet manufacturé que l’on expose en tant qu’œuvre d’art)

Description de l’œuvre et interprétation

Dans son ‘L’œil cacodylate’, Francis Picabia fait signer tous ses amis, dans une perspective dadaïste, remettant alors en question la valeur de la signature. Il réalise cette huile sur toile en 1921 qui incorpore des collages de photographies, de cartes postales et de papiers découpés. Après avoir occupé les murs du cabaret parisien Le bœuf sur le toit, l’œuvre (collective ?) de Picabia est accrochée à Beaubourg depuis son acquisition en 1967.

Concernant le titre énigmatique du tableau, l’acide cacodylique est un dérivé de l’arsenic souvent utilisé comme herbicide, pesticide, ou insecticide en particulier dans les traitements contre les fourmis ainsi qu’en chimie. Ce composant est irritable pour les yeux et la peau et toxique en cas d’ingestion.

Technique(s)  Huile sur toile et collage de photographies, cartes postales, papiers divers découpés

Matériaux : toile et collage de papiers divers

Dimensions 148,6 x 117,4 cm

Composition

La toile est composée d’un titre rouge, ombré et encadré dans la partie haute et centrale qui renvoie à la signature de Francis Picabia rouge et ombrée également. Le reste est constitué de 56 signatures et dédicaces ainsi que d’images collées. La partie qui attire le plus le regard de prime abord est un œil qu’a peint Picabia et qui fut le départ de la toile donnée à remplir à ses invités.

L'oeil cacodylate Titre

Le Bœuf sur le toit, op. 58 est une œuvre musicale de Darius Milhaud créée le 21 février 1920 à la Comédie des Champs-Élysées. Elle est un hommage au lieu du même nom que fréquentent les artistes (voir plus haut).

L'oeil cacodylate Milhaud

Francis Poulenc est un compositeur et pianiste français, né le 7 janvier 1899 à Paris où il est mort le 30 janvier 1963.

 

Tristan Tzara est un artiste ayant appartenu au mouvement Dada. Il est né en Roumanie en 1896 et mort en 1963 à Paris. Il est aussi l’un des fondateurs du mouvement Dada dont il sera par la suite un chef de file.

 

L'oeil cacodylate Tristan Tzara

Couleurs

Les couleurs sont celles de la toile vieillie, d’images collées et des écritures qui la constituent : brun, noir, vert et rouge. Seul le titre et le nom de l’artiste sont en rouge, rappelant ainsi sa paternité. Le seul élément peint par l’artiste est un œil brun clair.

L'oeil cacodylate francis Picabia

Les éléments en présence donnent-ils un sens ?

Lequel ? Pourquoi? Anecdotes ?

La toile pourrait être considérée comme une peinture « écriteau ». Chacun y consigne un mot et signe son passage, un peu à la manière de signer un plâtre. Témoignages, encouragements, présence, tels sont les sens que peuvent revêtir l’œuvre. La notion d’écriteau est corroborée par le titre dont le rendu rappellerait un petit panneau indicatif.

En mars 1921, Francis Picabia souffre d’un zona à l’œil. Il s’en suit plusieurs tableaux sur le thème de l’œil. 

L'oeil cacodylate oeil

Au départ L’Œil cacodylate est un œil peint sur une toile vierge. Puis, l’artiste invite ses visiteurs à inscrire une phrase de leur choix, un peu à la manière de faire signer un plâtre. Man Ray raconte : « Dans le salon, il y avait une grande toile couverte de phrases et de signatures laissées par les visiteurs. Des pots de peinture jonchaient le plancher. Il m’invita à signer ». En 1921, le tableau est présenté au Salon d’automne. Le tableau est complété cette même année lors du « nouvel an cacodylate » qu’il organise au domicile de la chanteuse Marthe Chanal. Les invités sont alors conviés à y ajouter leur phrase ou signature.

L’œuvre ornera par la suite les murs du célèbre cabaret Le Bœuf-sur-le-toit, haut lieu de l’avant-garde artistique du moment.

Une inscription presque illisible de Marcel Duchamp qui signe Rrose Selavy.

L'oeil cacodylate Rrose Selavy Duchamp

Rrose Sélavy est un personnage fictif créé par le peintre français Marcel Duchamp en 1920.

« Quand on me prend au dépourvu MOI = Je suis bête » signé Susanne Duchamp.

L'oeil cacodylate Susanne Duchamp

Portée ou influence de l’œuvre

En quoi l’œuvre a-t-elle marqué son temps ?

L’Œil cacodylate peut être considéré comme un document témoignant d’une époque festive, celle des « années folles ». Il nous parle du cercle d’amis de Picabia. Les historiens de l’art y décèlent la manifestation de la révolution esthétique amorcée par les readymades de Marcel Duchamp. Il s’y trouve la signature portée à son apogée en tant que valeur ajoutée, susceptible de transmuter l’objet le plus anodin en une œuvre d’art.

Peut-on la rapprocher d’autres œuvres ?

  • · Nous pourrions rapprocher L’œil cacodylate des ready made de Marcel Duchamp

Marcel Duchamp Fontaine 1917 Marcel Duchamp Fontaine 1917

Voir plus haut la partie : L’apport de Marcel Duchamp sur L’œil cacodylate
  • · Nous pouvons aussi rapprocher L’œil cacodylate de Picabia de al peinture de Max Ernst : Au rendez-vous des artistes. Les deux peintures peuvent être considérées à la fois comme des œuvres d’art et comme des documents historiques. Ils témoignent de la vie effervescente artistique et littéraire de l’époque des « années folles » parisienne. On y trouve les protagonistes qui constituaient le gratin artistique du moment. Les signatures remplacent alors la représentation des acteurs de l’avant garde.

Max Ernst Au rendez-vous des artistes 1922

Max Ernst, Au rendez-vous des artistes, 1922, huile sur toile, 130 x 195cm, Musée Ludwig, Köln

Ce tableau fut exécuté par Max Ernst en 1922, alors qu’il venait de quitter la Suisse pour rejoindre Gala Eluard à Paris. Il représente le groupe au moment où le peintre l’a rencontré, flanqué de Raphaël (coiffé d’un béret) et de Dostoïevski (personnage barbu), deux ancêtres bien douteux du surréalisme. Sont-ils là pour incarner deux modèles à fuir : une peinture religieuse et académique pour le premier, une conception réaliste du roman pour le second ? C’est d’ailleurs sur un extrait de Crime et châtiment que Breton s’appuiera, dans le Manifeste, pour condamner la description. Ici, Ernst, assis irrévérencieusement sur les genoux de Dostoïevski, ne semble-t-il pas lui tirer la barbe ? Sur fond de paysage alpestre, les membres du groupe paraissent disposés de manière allégorique : statique, le bloc de gauche s’oppose au dynamisme des personnages de droite qui ont l’air d’arriver en courant. La position quasi identique de leur main fait penser à une sorte de langage de sourd-muet. On pourra surtout commenter celle d’André Breton (cape rouge), qui semble, en mage souverain, distribuer son onction au groupe. Seuls René Crevel (à gauche) se détourne sur un clavier imaginaire (le clavecin de Diderot ?) et Gala Eluard (bientôt Dali), à droite, indique la sortie… Cette toile devenue mythique ignore curieusement Tristan Tzara et Francis Picabia.

  • · L’œuvre de Ben Vautier dit Ben découle des expériences dadaïstes. On y retrouve les jeux de mots et l’écriture qui remplace souvent la représentation. Ben reste tout aussi irrévérencieux vis-à-vis des conventions picturales et pratique la dérision à outrance. Il peint avec des mots, signe tout ce qui lui tombe sous la main, ses gestes du quotidien deviennent des performances artistiques… Pour Ben tout est art !

Ben je signe donc je suis

magasin de Ben

Ben devant son magasin à Nice – 1963-1965

  • · Plus en avant, nous pouvons nous pencher sur l’art conceptuel, un mouvement apparu dans les année 1960. Ce courant trouve ses origines  dans les ready made de Marcel Duchamp. L’art est défini non par ses propriétés esthétiques, mais seulement par le concept ou l’idée. Il s’oppose ainsi à la définition dominante de la beauté artistique avant le début du XXe siècle selon laquelle « le beau est ce qui plaît universellement sans concept« . (Cf. Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger).

Une et trois chaises Joseph Kosuth 1963

Une et trois chaises de Joseph Kosuth 1963

Dans Une et trois chaises, un objet réel, une chaise quelconque, est choisi parmi les objets d’usage courant les plus anonymes. La chaise est placée entre sa photographie (son image reproduite par un procédé mécanique) et sa définition rapportée d’un dictionnaire anglais (ou bilingue en fonction du lieu d’exposition). L’ensemble est la triple représentation d’une même chose sans qu’il y ait une répétition formelle. Il s’agit dans les trois cas d’un degré distinct de la réalité de l’objet. Tous trois désignent, par leur association, une quatrième chaise, idéale et invisible dont le concept se trouve ainsi suggéré, bien plus que défini. Quand l’objet ne suffit plus, intervient l’image, et quand celle-ci à son tour ne suffit plus, apparaît le langage, lui-même insuffisant. L’ensemble des éléments tend vers une représentation de la chaise.

Des questions que soulève l’œuvre :

  • · Est-ce une œuvre de Francis Picabia ou une œuvre collective ?
  • · Comment la signature peut-elle avoir une valeur d’appropriation ou valeur ajoutée ?
  • · En quoi l’œuvre de Picabia témoigne-t-elle d’une rupture artistique?
  • · Cette œuvre témoigne-t-elle de son temps ?
  • · Cette œuvre a-t-elle une valeur autobiographique ? Pourquoi ?
  • · Quelle est la portée historique de l’œuvre ?
  • · L’art réside-t-il dans le simple savoir faire ?…

Regard sur l’œuvre

A chacun d’exprimer son ressenti, de donner un avis personnel…

Lexique de base – mots clé

Peinture / dessin / collage / signature / ready made/ changement du statut d’un objet / humour / Titre / Dadaïsme / représentation / rupture

S. Ladic

Les sources :

· Le catalogue Collection art moderne – La collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, sous la direction de Brigitte Leal, Paris, Centre Pompidou, 2007 – Didier Ottinger

 

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6 Responses »

  1. Pingback: Analyse d’oeuvre : L’oeil cacodylat...

  2. Très bon résumé de l’effervescence artistique des années folles et de la césure engendrée par cette période dans la vision que l’homme a sur l’art. Cette œuvre est intéressante non pas en ce qu’elle est, mais en ce qu’elle représente. Merci pour cette analyse.

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