Analyse d’oeuvre : Les expulsés d’Ernest Pignon Ernest

Analyse d’oeuvre : Les expulsés d’Ernest Pignon Ernest
Analyse d’oeuvre : Les expulsés d’Ernest Pignon Ernest

L’intérêt d’aborder l’œuvre « Les expulsés » d’Ernest Pignon Ernest en histoire des arts ne fait aucun doute. Son impact sur le public en lien avec le contexte du moment à Paris l’inscrivent dans une perspective historique ; un fait marquant de l’actualité. Mais comment un simple dessin marouflé sur la façade d’un immeuble peut-il susciter autant de questions ?

Vous trouverez une analyse de l’œuvre partant de recherche : sur l’artiste, son courant d’appartenance, le contexte historique et une description physique. L’ensemble de ses recherches nous amèneront à analyser et interpréter cette proposition artistique d’Ernest Pignon Ernest, un artiste actuel.

Il manque parfois une problématique dans la mise en place de l’histoire des arts au collège. Vous aurez quelques pistes qui permettront à chacun de prendre du recul sur l’œuvre et de la comprendre dans un processus plus global et artistique.

Il reste à préciser pour les élèves adeptes du « prêt à penser » que lors de l’oral du brevet des collèges, il est demandé au candidat une forme de recul sur l’œuvre, une réflexion personnelle et non un copié collé d’une analyse dont on ne comprend pas le sens. Certaines questions vous seront donc posées, à vous d’y répondre avec pertinence et personnalité. Montrez que vous comprenez l’impact de l’œuvre, son intérêt. Portez des critiques constructives, réfléchissez, comparez…

Nom de l’œuvre : « Les expulsés »

Période historique : XXe siècle

Domaines artistiques : Arts du visuel et Arts de l’espace

Thématiques possibles : Arts, espace, temps et Art, Etats et pouvoir

Problématiques possibles :

· N° 1 : En quoi l’art se met-il au service de la mémoire ?

· N° 2 : Comment l’art s’inscrit-il dans la vie de la cité ?

· N° 3 : Comment l’art peut-il être un acte engagé ?

Images de l’œuvre :

 

Les expulses E. Pignon Ernest

Les expulses E. Pignon Ernest

Les expulses E. Pignon Ernest 2

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Présentation générale

Nature de L’œuvre : Sérigraphie in situ éphémère (voir le vocabulaire en fin d’article)

Artistes : Ernest Pignon Ernest

Date de création –lieu : Cette œuvre éphémère date de 1977/79, il n’en reste que des traces photographiques. Elle se situait sur la façade restante d’un immeuble voué à la démolition, à Paris.

Avant d’aller plus loin, commencer par répondre à cette question :

Quelles sont vos 1eres impressions ?

Il est important de commencer à observer, décortiquer l’oeuvre que l’on voit, tous les éléments qui vous viennent à l’esprit à première vue, sans censure. Jouez le jeu et prenez un instant pour noter…

Eléments de recherche

Contexte géographique

Cadre géographique ? Evènements marquants ? Eléments d’inspiration…

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Cette sérigraphie se trouvait à Paris, en France dans le quartier de Montparnasse, 14e arrondissement.

Repérage chronologique

Repérage de l’œuvre et des évènements historiques proches

  • · La révolution industrielle au 19ème siècle a amené de nouvelles techniques et connaissances, dont la photographie, qui ont remis en cause la façon de considérer les images.
  • · A partir des années 1960, l’art s’est rapproché de la vie et du public, et occupe l’espace réel. On trouve de nouvelles manières de concevoir les œuvres qui sont réalisées en fonction du lieu dans lequel elles sont vues (in situ). Ces créations sont temporaires, éphémères; on ne peut en conserver que les traces à travers des photographies ou des vidéos (d’où l’importance des progrès industriels).
  • · 1973 : Le micro-ordinateur fait son apparition pour un usage domestique.
  • · 1974 : En France, Valéry Giscard d’Estaing succède à la présidence de la république à Georges Pompidou, décédé le 19 mai.
  • · 7 janvier 1976 : le congrès du Parti communiste français abandonne la notion de dictature du prolétariat.
  • · 31 janvier 1977 : inauguration du Centre national d’art et de culture Georges Pompidou, rue Beaubourg à Paris.
  • · 25 mars 1977 : Jacques Chirac est élu maire de Paris
  • · 1977-1978 : réalisation de l’œuvre « les expulsés » par Ernest Pignon-Ernest
  • · 10 septembre 1977 : dernière exécution à la guillotine.
  • · 3 Novembre 1977 : Le gouvernement annonce des mesures contre l’inflation
  • · 1979 : (mai) première élection du parlement européen.
  • · 1979 : 1er lancement de la fusée Ariane.

Vie de l’artiste Ernest Pignon Ernest

Ernest Pignon Ernest
© Image et compagnie

Ernest Pignon-Ernest est un artiste plasticien engagé, né en 1942 à Nice.

Il est un des initiateurs, avec Daniel Buren et Gérard Zlotykam, de l’Art Urbain ou Street Art en France.

Enfant, il est expulsé de chez lui, à Nice. Dès 1957, il travaille chez un architecte et développe sa pratique du dessin. Mobilisé en 1961-1962 pour la guerre d’Algérie, il commence à dessiner avec du brou de noix. Il s’attaque à la peinture grand-format à partir de 1966. Il a aussi beaucoup travaillé pour le théâtre et en a gardé le sens de la mise en scène.

Ernest Pignon-Ernest travaille sur la mémoire pour « Ne pas faire table rase du passé ».

Ses sérigraphies qui s’affichent sur les murs des villes du monde, sont mises en scène dans un espace public précis (installations In situ), jouent avec la perception du passant, puis disparaissent progressivement sous les effets de la pluie, du vent, du temps (affichage éphémère).

Il a été membre du Parti communiste français et parmi les fondateurs, en 1977, du Syndicat national des artistes plasticiens CGT.

Sensible aux injustices, il traite des thèmes comme l’avortement (Tours, Nice, Paris, 1975) les expulsés (Paris, 1979), et le sida (Soweto, 2002).

Anecdote : Il aurait doublé son prénom après son nom afin de ne pas être confondu avec Edouard Pignon, un autre artiste plasticien de sa génération.

Depuis 1966, il expose chaque année ses œuvres nouvelles dans le cadre d’expositions personnelles dans la rue ou dans les musées européens.

Principaux temps forts et dates: 1978, Rimbaud, Paris Charleville. 1980, « accrochage » à Beaubourg. 1984, « Les Arbrorigènes ». 1988, début des « interventions » à Naples. 1997, « Tête à tête », Antonin Artaud, Paris. Ernest Pignon-Ernest a en outre dessiné le rideau de scène de l’Opéra de Monaco.

Contexte historique de création

Enfant, Ernest Pignon-Ernest a été lui-même expulsé de chez lui, avec ses parents, alors qu’ils vivaient à Nice. Ceci pourrait expliquer l’intérêt qu’il porte aux expulsés. Sensibilisé par la cause, il réagit à la nouvelle politique de la mairie Parisienne en exposant dans la ville. En effet, durant la période des années 1970-1980, un grand nombre de quartiers parisiens sont réhabilités. Le mur de l’immeuble sur lequel l’artiste à marouflé « Les expulsés » est situé dans le quartier de Montparnasse ; quartier qui fut touché par le projet de réhabilitation. A ce moment, des habitants sont expulsés en masse et leurs logements sont détruits selon la décision de la mairie. Ainsi Ernest-Pignon Ernest met en scène des personnages qui sont en partance. A ce moment le président était Valéry Giscard D’Estaing, et Jacques Chirac est élu maire de Paris.

Il a milité au parti communiste pour dénoncer l’exclusion. Pour ces raisons, ainsi qu’à cause de sa hantise des bombardements, il se lance dans une série d’œuvres dédiées à cette conjoncture qu’il appelle « Les Expulsés».

Caractéristiques du travail d’Ernest Pignon Ernest

Il est l’un des initiateurs, du Street Art en France et montre une démarche de travail engagée, militante.

L’engagement d’Ernest Pignon Ernest

Après son intervention contre le jumelage de Nice avec Le Cap en 1974, Ernest Pignon-Ernest a joué un rôle important dans la campagne Artistes du monde contre l’Apartheid Il a ainsi, depuis plus de vingt ans, gardé des liens étroits avec l’Afrique du Sud. Parti en 2001 pour Johannesburg avec l’intention d’y mener un projet sur le caractère multiculturel du pays, il a été amené à changer de thème en découvrant sur place la gravité de la pandémie de sida et en écoutant les sollicitations des organisations qui luttent contre l’hécatombe annoncée. Après de nombreuses rencontres dans les hôpitaux, les dispensaires, les crèches et en liaison avec les associations, Pignon-Ernest a élaboré une image faisant un parallèle entre la lutte contre le sida et celle contre l’apartheid, en se référant à la photographie de Sam Nzima représentant un homme portant le corps d’Hector Pieterson, un écolier tué pendant les émeutes de Soweto. Sérigraphiée sur place à plusieurs centaines d’exemplaires, il l’a collée, accompagné des habitants, sur les murs des quartiers particulièrement touchés de Warwick à Durban et de Kliptown à Soweto.

Nagasaki et Hiroshima sauront aussi le toucher.

Son engagement est aussi palpable quant il réalise la fresque à la Villeneuve de Grenoble sur la bourse du travail en collant des affiches du mouvement ouvrier local.

Il appose ses dessins sérigraphiés sur du papier fragile, sur les murs des cités, sur les cabines téléphoniques aussi.

Ses marouflages se fondent dans l’architecture urbaine et finissent par faire partie de la vie de la cité. Intégrés dans le paysage, la population les accepte et vont même jusqu’à les protéger de la dégradation.

« L’œuvre c’est l’intervention de mes dessins dans la rue ».

Œuvres éphémères, elles ne sont pas signées, il arrive même qu’un passant se l’approprie. Tout le monde pourrait avoir Pignon-Ernest chez lui ; pas de musée, une fusion entre l’art et la vie.

Les témoignages photographiques permettent de conserver la mémoire de l’évènement.

Ernest Pignon-Ernest peut sembler s’opposer par sa démarche à l’art pensé pour les musées et les galeries d’exposition, mais il ne s’empêche pas d’y exposer, respectant toujours cette intention de fusion entre l’art et le lieu.

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Il décrit lui-même son œuvre comme une manière de saisir l’essence d’un lieu. Il puise dans l’histoire du lieu, dans son histoire, mais aussi dans sa lumière, son espace. Puis, il vient y inscrire une image élaborée dans son atelier. Cette image est en général le dessin d’une représentation humaine à l’échelle 1, et reproduite par la technique de la sérigraphie. Pignon-Ernest installe lui-même son œuvre dans la ville, durant la nuit.

Nourri par un héritage culturel mêlant chrétien et païen, il n’hésite pas à s’inspirer et à citer les œuvres de Le Caravage (comme lors de son travail dans les rues de Naples).

Ses sérigraphies porteuses de mémoire, s’affichent sur les murs des villes du monde, et peuvent être considérés comme des « mises en scène » pour un espace public précis. Elles jouent alors avec la perception des passants. Elles disparaissent progressivement sous les effets des intempéries.

Il donne forme à des sujets douloureux de l’histoire sociale et politique de plusieurs pays au monde. Il peut œuvrer pour les minorités, les injustices, les crimes. Il s’engage dans la beauté d’un dessin là pour rompre le silence.

Par son travail en noir et blanc, Pignon Ernest affirme qu’il évoque le fictif, mais il maintient l’effet de réalité par l’utilisation de l’échelle humaine.

Ernest Pignon Ernest ne fait pas que ça !

Entre 1983 et 1984, il réalise « Les Arborigènes » au Jardin des plantes à Paris et aussi au Musée d’Antibes, Forêt d’Uzeste… Ce sont des sculptures vivantes !

« Ce sont des figures d’hommes et de femmes en leur nudité végétative.
Ces sculptures sont des accumulations de cellules végétales mises en forme : il leur faut du soleil, de l’eau, sinon elles meurent, elles se dessèchent,se décomposent. C’est du végétal à forme humaine ».

Ces sculptures biovégétales sont réalisées à partir de mousse polyuréthanne. Constituées de cellules végétales vivantes injectées, elles poussent avec l’arbre. Elles représentent l’osmose mythique entre le végétal et l’humain, qu’incarne la figure de la Daphné du Bernin.

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Les arbrorigènes de Pignon Ernest

Que sont devenus ces Arbrorigènes aujourd’hui ?

Plusieurs sont morts à Venise durant la Biennale de 1986. Je les avais installés à vingt mètres de haut. Ils n’ont pu être assez arrosés et se sont décomposés. Il en reste trois au musée Picasso d’Antibes sur la terrasse, une dizaine au Centre européen d’Action artistique contemporaine dans le parc de Pourtalès à Strasbourg, deux au Jardin des Plantes à Paris, quelques-uns en pension chez des amis…Entretien extrait de Ernest Pignon-Ernest, éditions Herscher, Paris, 1990.

Courant artistique

Ernest Pignon Ernest n’est pas à proprement dit un street artiste. En effet l’ensemble de ces oeuvres ne répond pas forcément au critères du courant du Street Art. Néanmoins il fut parmi les premiers à mettre ses oeuvres en situation, dans la rue. « Les expulsés »  font partie du courant artistique du Street Art : L’art urbain, ou Street Art, est un mouvement artistique contemporain. Il regroupe toutes les formes d’intervention artistique réalisées dans la rue, ou dans des espaces publics et à l’initiative de l’artiste lui-même. Il ne passe pas par le biais d’une institution pour intervenir plastiquement.

L’art urbain s’épanouit principalement en France depuis mai 1968 mais, le mouvement est «officialisé » au début des années 1980.

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