Analyse d’oeuvre : L’artiste et sa mère d’Arshile Gorky

Analyse d’oeuvre : L’artiste et sa mère d’Arshile Gorky
Analyse d’oeuvre : L’artiste et sa mère d’Arshile Gorky

Aujourd’hui, Laura Mekaelian professeur d’Arménien nous propose l’analyse d’une œuvre emblématique du génocide arménien de 1915.

 

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Titre de l’œuvre : L’artiste et Sa Mère

Nature de l’œuvre : peinture figurative, huile sur toile

Artiste : Arshile Gorky (1902-1948) (Gorky signifie « amer » en russe, l’artiste aurait choisi ce nom en référence à son vécu tragique avant son arrivée en Amérique)

Date de création : 1926-1936

Repérage chronologique :

  • -fin XIXème siècle et début du XXème siècle : génocide des arméniens de l’Empire Ottoman
  • -20 avril 1915 :Siège de la ville de Van (où vivait Gorky avec sa famille)
  • -1914/18 : 1er Guerre Mondiale
  • -1926 : début de création de la toile « L’artiste et Sa Mère »
  • -1936 : achèvement de la toile « L’artiste et Sa Mère »
  • -1939/45 : 2ème Guerre Mondiale

Vie de l’artiste :

Arshile Gorky né Vosdanik Manoug Adoian en 1902 à Hayotz Dzor (vilayet de Van, Empire ottoman) et mort le 21 juillet 1948, à Sherman, Connecticut (États-Unis), est un peintre arménien.

Né sur les bords du lac de Van, dans l’Empire ottoman, Vosdanik Manoug Adoian a 2 ans quand son père quitte le foyer pour les États-Unis. Il échappe au génocide arménien de 1915 et se réfugie avec sa mère et sa sœur à Erevan, en Arménie russe où sa mère périt durant la famine de l’hiver 1918-1919.

Arshile Gorky émigre aux États-Unis en 1920 et mène une vie de bohème. D’abord installé à Providence (Rhode Island), il vient à New York en 1925. Ses premières toiles sont influencées par Cézanne et Picasso.

À partir du milieu des années 1930, sa peinture acquiert une certaine reconnaissance.

En 1947, pour tenter d’enrayer un cancer diagnostiqué tardivement, Arshile Gorky doit subir une opération chirurgicale aux conséquences traumatisantes. Après une série de catastrophes : la disparition d’une grande partie de son œuvre dans l’incendie de son atelier, un grave accident de voiture et le départ de sa femme, Arshile Gorky ne parvient pas à s’en remettre et se suicide le 21 juillet 1948.

Style, mouvement, courant :

Arshile Gorky fait ses classes à l’école d’art de Boston, mais sa véritable école est celle des grands maîtres européens (Cézanne, Matisse, Picasso, Braque, Léger, Kandinsky et Miró), qu’il étudie attentivement dans les livres, les expositions.
De cette formation approfondie naît une œuvre d’abord très visiblement influencée par ses contemporains, en particulier par Miró et le cubisme synthétique de Picasso. Il est considéré comme « le dernier surréaliste (mouvement artistique du début du XXème siècle) et le premier expressionniste abstrait (mouvement né à New York dans les années 40) », on le retient avant tout comme un passeur.

Contexte historique de création :

Rescapé du génocide des arméniens de l’Empire Ottoman du début du XXème siècle, Arshile Gorky trouve refuge en Amérique en février 1920.

L’artiste revendique l’importance de la continuité et de la mémoire. Il demeure en effet toujours ancré dans les origines, autant au niveau des sujets que de leur traitement stylistique. Qu’il s’agisse de la mémoire douloureuse du génocide arménien ou de la mort de sa mère , ou de la mémoire nostalgique d’une Arménie rurale et généreuse, le temps et le lieu des origines fonctionnent comme matrices à son travail.

En 1912 Arshile Gorky posait avec sa mère pour prendre une photographie à envoyer à son père Sétrag en Amérique. C’est cette photographie qui inspirera l’artiste pour peindre le tableau « l’Artiste et sa mère » qu’il débute en 1926 et qu’il achèvera en 1936.

Description de l’œuvre :

Huile sur toile, dimensions 152.4x127cm

Point de vue extérieur et frontal (vu de face). Deux personnages : Gorky enfant (10 ans) et sa mère.

L’artiste se base sur une photographie de lui et sa maman prise en 1912 à Van. Cette photographie était destinée à son père vivant en Amérique. Il transforme cette photographie de lui petit garçon se tenant aux côtés de sa mère à la fois en une image iconique de la majesté maternelle (il s’inspire des bas reliefs de l’Eglise de l’île d’Aghtamar sur le lac de Van) et en celle d’une épreuve familiale, mère et fils étant suffisamment proches pour se toucher, mais demeurant séparés par un ruban de peinture.

Les couleurs sont vives, la lumière est sur le tablier de sa mère. Dans une autre de ces œuvres « Comment le tablier brodé de ma mère se déploie sur ma vie » Gorky met encore une fois l’accent sur ce tablier, rappelant ainsi l’importance de l’histoire de l’Arménie dans sa vie.

Le regard : La fixité solennelle et mélancolique des regards rappelle la tragédie vécue par la famille de Gorky pendant le génocide des arméniens de 1915. Gorky a le regard grave. Sa mère a un regard profond et plein de courage face aux évènements à venir.

Les mains : volontairement inachevées, elles rappellent la vie inachevée de la mère de Gorky mais aussi celle de tout un peuple. Ces mains inachevées font aussi penser à des boules de pate de pain que la mère de Gorky préparait si bien. (le pain étant le symbole de la vie)

Le bouquet de fleurs : note d’espoir symbolisant la renaissance du peuple arménien.

Portée ou influence de l’œuvre :

Cette peinture a été assimilée à Ingres (peintre français du XIXème siècle) pour la simplicité de ligne et la douceur, à l’art Funéraire égyptien pour la pose, à Cézanne pour la composition plane, à Picasso pour les formes et les couleurs.

Laissée inachevée, cette œuvre figurative est une longue négociation avec la disparition traumatique de sa mère, de son pays natal, de son enfance et de soi même. Cette peinture est un puissant symbole du génocide des arméniens de 1915. Gorky rend ainsi hommage à sa mère en la plaçant sur un piédestal de la vie. Il la sauve de l’oubli auquel elle et le peuple arménien était condamné.

Regard sur l’œuvre :

A vous d’exprimer votre ressenti, les questions que cela pose…

Laura Mekaelian professeur d’Arménien

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